Montréal, le 30 septembre 2002 – Comme tous ceux et toutes celles qui auraient souhaité que ce dernier discours du Trône préparé par le premier ministre Jean Chrétien avant de quitter son poste en février 2004 contienne de véritables engagements qui auraient constitué son testament politique, la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU)
éprouve des sentiments mitigés quant aux orientations contenues dans ce discours du Trône. Bien que la Fédération se déclare plutôt satisfaite des intentions annoncées en matière d’éducation postsecondaire, elle demeure sceptique quant aux modalités d’application dont elles pourront faire l’objet. Cependant plusieurs autres sujets fondamentaux de la politique canadienne abordés dans le discours du Trône provoquent à la FQPPU un vif sentiment de déception.
Selon les recommandations adressées par la FQPPU dans son Avis soumis au Premier Ministre le 18 septembre dernier (Avis annexé aux présents commentaires), nous nous réjouissons, certes, que le discours du Trône exprime une profession de foi à l'égard du savoir comme moteur de la nouvelle économie, affirme la préoccupation du Gouvernement à l'égard de l'accessibilité à l'éducation, en particulier à l'éducation universitaire, et annonce son intention d'augmenter le financement des conseils qui subventionnent la recherche au Canada et d'entreprendre des discussions avec les universités quant au financement des coûts indirects de la recherche. Il va sans dire toutefois que ces intentions dont nous nous réjouissons devront être traduites en chiffres pour que nous sachions ce que sont les véritables objectifs du Gouvernement. Il est donc regrettable de constater qu'il n'y aura vraisemblablement pas de mise à jour budgétaire cet automne et qu'il faudra attendre à février 2003 pour la présentation d'un budget régulier pour l'année 2003-2004.
Par contre, nous ne pouvons qu'être préoccupés par la réaffirmation dans le discours du Trône de la stratégie gouvernementale à l'égard de la dimension « innovation » d'une recherche universitaire qui serait axée de plus en plus sur la commercialisation des résultats. Nous répétons que la recherche universitaire doit être libre et qu'en aucun cas l'innovation ne saurait être élevée au statut de mission universitaire, cette mission s'articulant autour des trois volets unitaires indissociables que sont l'enseignement, la recherche et les services à la collectivité. Cela suppose, comme nous ne cessons de le dire, un renforcement du financement de base du réseau universitaire.
Par ailleurs, sur les principales questions de l'heure, comme la signature du protocole de Kyoto et l'attitude du Canada face à une éventuelle intervention militaire des États-Unis, le discours n'est qu'évasif. Ce n'est pas une résolution sur l'adoption du protocole de Kyoto qui sera présentée cet automne à la Chambre des communes, mais plutôt une résolution « portant sur » cette ratification. En outre, ceux et celles qui auraient souhaité voir le Gouvernement clairement exprimer une position indépendante de celle des États-Unis quant à l'intervention militaire planifiée par ces derniers en Irak sont restés sur leur soif.
Quant aux autres recommandations de l'Avis soumis par la FQPPU le 18 septembre dernier, comme l'utilisation des surplus fédéraux à d'autres fins que le seul remboursement de la dette, la restauration des avantages du programme d'assurance-emploi, le remboursement des sommes dont les aînés ont été privés depuis 1993 au titre du Supplément de revenu garanti, l'élimination des fondations privées et la reconnaissance de l'existence d'un déséquilibre fiscal et de la nécessité de son règlement pour assurer aux provinces un juste financement de la santé, de l'éducation et des programmes sociaux, aucune de ces recommandations n'a été retenue dans le discours du Trône. Non seulement les empiètements fédéraux dans les champs de compétence des provinces (santé, éducation et services sociaux) ne sont pas corrigés, mais le Gouvernement annonce qu'il entend aller encore plus loin dans cette voie en promettant une aide massive directe aux municipalités.
Pour la FQPPU, ce discours du Trône aura été une occasion ratée, d'un premier ministre en fin de mandat, de laisser un héritage apprécié.