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Consultations particulières sur les fluctuations des clientèles dans le secteur de l'éducation

MÉMOIRE PRÉSENTÉ À LA COMMISSION DE L’ÉDUCATION

Consultations particulières sur les fluctuations des clientèles dans le secteur de l’éducation par la FÉDÉRATION QUÉBÉCOISE DES PROFESSEURES ET PROFESSEURS D’UNIVERSITÉ

26 septembre 2002

INTRODUCTION

La Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) est heureuse de participer à la consultation de la Commission de l’éducation touchant les effets des fluctuations démographiques sur les réseaux de l’éducation au Québec, ce qui lui permet d’intervenir sur la dimension « enseignement supérieur » de cette réflexion. La Fédération reconnaît que l’impact de l’évolution démographique du Québec pourrait être un des motifs pour s’interroger périodiquement sur l’allocation des ressources financières au chapitre de l’éducation. La Fédération exprime cependant ses inquiétudes par rapport à certaines hypothèses implicites ou explicites qui sous-tendent le questionnement de la Commission; ces inquiétudes concernent en particulier l’intégrité du réseau universitaire québécois et le maintien du double objectif de démocratisation et d’accessibilité territoriale de l’enseignement supérieur.

LA FÉDÉRATION QUÉBÉCOISE DES PROFESSEURES ET PROFESSEURS D’UNIVERSITÉ

Fondée en 1991, la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) regroupe 20 syndicats et associations rassemblant quelque 8000 professeures et professeurs du milieu universitaire au Québec. La Fédération agit comme porte-parole sur toutes les questions touchant l’enseignement supérieur et la recherche, l’Université et son développement et le rôle des professeurs, tant dans leur milieu de travail que dans la société en général.

La FQPPU fonde son action sur l’implication militante des professeures et professeurs, sur le libre débat, le respect des opinions et la solidarité. Elle entretient des liens de coopération et de solidarité avec les syndicats de professeures et professeurs et le mouvement syndical aux niveaux national et international, ainsi qu’avec les organismes qui, dans le domaine de l’enseignement supérieur en particulier, poursuivent des objectifs analogues aux siens. Bien que principalement engagée dans l’enseignement et la recherche universitaires, la FQPPU s’intéresse aussi aux grands enjeux de la société. Elle intervient dans ces domaines en vertu de la mission de services à la collectivité confiée à l’Université et de la fonction d’analyse critique dévolue à ses membres. D’ailleurs, même si cet aspect du travail universitaire demeure l’un des moins connus et, peut-être, l’un des moins valorisés, la Fédération s’y consacre avec conviction.

L’intervention de la FQPPU dans le processus d’étude de la Commission de l’éducation sur les effets des fluctuations démographiques sur les réseaux de l’éducation au Québec résulte de son mandat de regrouper l’ensemble des établissements universitaires du territoire québécois et de représenter leur point de vue sur toutes les questions qui concernent son avenir et l’intégrité de sa mission tant à l’égard de l’enseignement que de la recherche et des services à la collectivité.

LES UNIVERSITÉS EN RÉGION ET LE CONTEXTE DÉMOGRAPHIQUE DES VINGT DERNIÈRES ANNÉES

La création du réseau public de l’Université du Québec et la mise en place d’établissements à vocation générale dans plusieurs des régions du Québec poursuivaient le double objectif de la démocratisation de l’enseignement supérieur et de son accessibilité territoriale. Au fil des années, les établissements qui le constituent se sont intégrés dans le concert des universités québécoises et ont participé, avec leurs partenaires, à la mise à jour et à la consolidation de notre réseau universitaire national.

L’exode démographique régional est un phénomène connu de l’université québécoise depuis un bon moment déjà, phénomène auquel ses établissements en région réagissent d’ailleurs de manière dynamique et souvent originale et ce, en cherchant à sauvegarder l’essentiel de leur rôle d’établissement à vocation générale, à savoir la démocratisation et l’accessibilité de l’enseignement universitaire et une participation à la fois dynamique et originale à l’activité de recherche en milieu universitaire.

Le Québec n’a pas échappé aux crises financières qu’ont connues les sociétés nord-américaines et occidentales. Ces crises ont coïncidé avec un regain important du néolibéralisme dans l’espace politique, avec le retour d’un discours très critique à l’égard de l’intervention financière et réglementaire de l’État dans plusieurs des secteurs de l’activité humaine ainsi qu’avec l’éclosion du phénomène de l’hyperrationalisation dans la gestion des affaires publiques qui se traduit en particulier par la prééminence d’une logique collective de justification qui est essentiellement d’ordre budgétaire.

Dans le secteur de l’enseignement supérieur comme dans plusieurs autres secteurs déterminants à l’égard du bien commun et de l’avenir de notre société, cette crise a été surtout marquée par une diminution importante du financement public accordé aux établissements universitaires dont les effets les plus négatifs se sont surtout faits sentir depuis le début des années 90, une situation dramatique dont ce n’est par ailleurs que depuis peu que l’on amorce le redressement partiel.

C’est dans ce contexte que survient le questionnement de la Commission qui prend prétexte de projections démographiques, certes alarmantes, pour relancer un débat dont les répercussions possibles sur l’enseignement supérieur et en particulier sur la mission des établissements universitaires sis en région sont, à notre avis, plus alarmantes encore.

LA TENTATION D’ALLER AU PLUS COURT

Toute réflexion sur l’avenir des universités en région qui postulerait la prééminence de la rationalité économique soulève nécessairement un questionnement sur la pérennité de leur mission et partant, sur leur avenir.

Ce discours de la rationalité économique offre certes à celle ou celui qui l’adopte l’avantage de lui conférer le rôle apparent du bon père ou de la bonne mère de famille qui, on le sait, constitue l’idéal du bon gestionnaire des affaires publiques.

L’adhésion à ce discours permet aussi de s’inscrire dans un courant idéologique qui conforte les inquiétudes par ailleurs légitimes des fractions métropolitaines et urbaines les plus larges de l’électorat québécois et ce, au moment même où la part de la population qui réside en régions plus ou moins éloignées diminue significativement au point de voir s’effilocher plus encore son poids politique.

Dès lors, faut-il toujours défendre l’intégrité de la mission des établissements situés en région et pourquoi? La FQPPU le croit et ce, dans la mesure justement où cette mission lui semble plus que jamais pertinente.

UNE CONJONCTURE RÉGIONALE TOUJOURS DIFFICILE

Si la démocratisation de l’enseignement universitaire est un des fleurons de l’histoire récente de la société québécoise, elle constitue un objectif collectif à l’égard duquel il nous faut cependant renouveler continuellement notre engagement, un engagement qui s’impose en tout cas dès lors qu’on examine la conjoncture qui frappe actuellement nos régions.

Il faut d’abord reconnaître que les contraintes de notre grande dispersion territoriale constituent un invariant avec lequel il faudra toujours compter. La probabilité qu’un étudiant doive poursuivre ses études universitaires loin de son domicile est infiniment plus grande en région que dans la métropole ou dans les grands centres. Une situation qui ne peut manquer de se refléter sur le coût total des études des jeunes qui proviennent de nos régions, un coût que le système de prêts et bourses ne compense par ailleurs que très partiellement et de façon tout à fait provisoire. Tout effritement de l’offre des programmes universitaires en région ne saurait donc que se répercuter défavorablement sur l’importance de ces coûts et constituer un frein à nos objectifs d’accessibilité et de démocratisation pour le plus grand nombre.

Il faut considérer ensuite que le gel des frais de scolarité crée sans doute une pression budgétaire importante sur les établissements universitaires; ceux-ci ne manquent d’ailleurs jamais l’occasion de nous le rappeler. Cela dit, il faut cependant prendre acte du fait que ce gel n’est par ailleurs et de toute façon qu’apparent dans la mesure où, au fil des années, les établissements universitaires l’ont en partie circonvenu par l’imposition de frais afférents toujours croissants et par l’apparition plus récente de frais d’administration .

Il faut aussi considérer que l’offre des programmes de premier cycle dans les universités sises en région est telle qu’un grand nombre d’étudiants doivent de toute façon s’« exrégionaliser » pour poursuivre leurs études dans le domaine de leur choix, une situation que la dure loi de la densité des clientèles et de la rationalisation des programmes et des infrastructures de formation rend évidemment nécessaire, mais qui n’a de cesse d’inquiéter dans ces milieux du fait que les lois du marché de l’emploi et l’attrait des grands centres transforment cet éloignement de la région – qu’on pouvait espérer provisoire – en un départ souvent définitif. Un choix certes légitime de la part des individus, mais qui draine de plus en plus nos régions d’une large part de leurs forces vives.

Il faut prendre aussi en compte les aléas d’une conjoncture économique dont le portrait d’ensemble pour le territoire québécois est certes positif, en apparence en tout cas. C’est là un portrait dont l’examen un peu plus attentif – dès lors qu’on l’aborde dans une perspective plus régionale – révèle immédiatement la « géométrie variable » de la prospérité de plusieurs de nos régions, une situation qui explique sans doute largement la poursuite de l’exode démographique qui les afflige et qui est d’ailleurs connue depuis déjà une vingtaine d’années au moins. Outre que cette situation économique se répercute sur le tissu démographique de nos milieux régionaux, celle-ci diminue d’autant la capacité des individus et de leur famille de s’engager dans un projet d’études universitaires ou alors les contraint à s’y engager d’une manière partielle et précaire en partageant leur allégeance entre leurs études et un emploi à temps plus ou moins partiel.

LA PERTINENCE TOUJOURS ACTUELLE DU RÔLE DES ÉTABLISSEMENTS UNIVERSITAIRES EN RÉGION

La FQPPU est convaincue que la démocratisation de l’enseignement supérieur et son accessibilité territoriale continuent plus que jamais d’être pertinents dans la mesure où ils sont des instruments essentiels sur lesquels la société québécoise peut compter dans la poursuite de l’objectif commun d’une occupation résolue et dynamique de tout notre territoire national.

À celles et ceux qui constatent que le phénomène de l’exode des jeunes de leur région est devenu apparent au Québec bien après l’implantation des établissements universitaires en région et qu’il s’est par ailleurs considérablement accentué depuis le dernier quart de siècle, on pourrait être tenté de s’inspirer de l’adage qui rappelle que si l’éducation coûte cher l’ignorance coûte bien plus encore et se demander si l’ampleur de cet exode n’aurait pas été bien plus grande en l’absence de nos établissements universitaires en région.

Cette question est bien sûr tout à fait hypothétique et il est évidemment impossible d’y répondre avec certitude, mais on peut en tout cas se montrer beaucoup plus catégorique quant aux impacts favorables de la présence actuelle et future des universités en région qu’il importe de préserver.

L’université en région permet la présence d’un noyau d’individus compétents et informés provenant du milieu ou d’ailleurs et qui contribuent premièrement à la formation d’étudiants qui proviennent d’abord de la région, qui poursuivent deuxièmement des travaux de recherche dont les retombées sociales, économiques et culturelles sont à la fois régionales, nationales et internationales et qui s’impliquent troisièmement dans la collectivité en y apportant à la fois leur compétence et certaines des ressources de leur établissement.

Cette présence de l’université en région y constitue bien sûr un des instruments privilégiés dont le milieu régional dispose pour se donner accès à la communauté humaine et au savoir, mais elle est en même temps un des instruments par lequel ce milieu peut se faire connaître et rayonner à l’extérieur de son territoire, ce qui constitue un levier particulièrement précieux dans le contexte de mondialisation qui nous confronte tous.

L’université en région constitue par ailleurs le point d’appui essentiel à une participation citoyenne plus active et plus éclairée. Si la présence d’un bassin d’experts de divers secteurs de l’activité humaine que l’on trouve à l’université permet au milieu régional de pouvoir compter sur divers éclairages au moment où elle est confrontée au défi de comprendre les enjeux de l’actualité et des débats qui y ont cours, c’est d’abord et surtout par l’action formatrice de l’université dans son milieu que la vie démocratique s’y trouve la mieux servie.

La participation directe et active de citoyens plus compétents et mieux informés constitue en effet un des meilleurs moyens de relever les défis locaux ou régionaux contemporains – santé, éducation, économie régionale, exploitation des ressources, environnement et développement durable – de façon réaliste et dynamique plutôt que de sombrer dans la tentation de l’indifférence ou dans le sentiment de l’impuissance qui guettent les individus et les collectivités quand elles ont la conviction de ne pas avoir prise sur leur quotidien.

Cette action formatrice de l’université en région requiert le maintien d’un éventail suffisant de programmes et de ressources professorales et matérielles qui lui permettent de conserver son statut d’établissement à vocation générale. Le risque que l’on court ici collectivement, c’est celui de sacrifier cette vocation sous prétexte d’une rationalisation budgétaire fondée sur des critères uniformes. Dans ce nouveau contexte, les établissements sis en région se verraient en effet plus ou moins rapidement confinés aux programmes directement associés à leur « spécificité régionale » – foresterie, océanographie, mines, développement régional, etc. – ainsi qu’à certains programmes de formation professionnelle – la formation des maîtres et l’administration en particulier – pour lesquels la taille des clientèles leur permettrait d’atteindre des ratios professeur/étudiants comparables à ceux des établissements universitaires de la métropole et des grands centres.

L’effet prévisible de la matérialisation d’une telle hypothèse pour nos régions : la disparition à terme de la vocation générale des établissements qui se verraient graduellement réduits à une existence « satellitaire ». On observerait par ailleurs la mise en péril de la qualité même de certains des programmes de formation professionnelle qui prennent justement appui sur la présence et le dynamisme de certains programmes disciplinaires dont les clientèles sont proportionnellement plus faibles; ce serait le cas par exemple en matière de formation des maîtres du secondaire dans les champs de l’histoire, de la géographie, des sciences ou des mathématiques.

LA NÉCESSITÉ DE RÉAFFIRMER LA MISSION DES ÉTABLISSEMENTS UNIVERSITAIRES EN RÉGION

La FQPPU tient ici à réaffirmer haut et fort que l’université québécoise est un service public dont toutes les citoyennes et tous les citoyens du territoire québécois doivent pouvoir continuer de se prévaloir; elle tient ensuite à réaffirmer que la démocratisation et l’accessibilité régionale de la formation universitaire constituent toujours le cœur du rôle des établissements en région et qu’il est impératif de maintenir le cap sur ces deux objectifs dont la pertinence est à nos yeux plus que jamais évidente; elle tient par ailleurs à affirmer sa conviction que la qualité, la richesse et la diversité de l’enseignement et de la recherche universitaires sur l’ensemble du territoire québécois doivent se fonder sur le maintien et la consolidation de la vocation générale des établissements en région.

C’est dans cette perspective que la Fédération s’inquiète d’abord des effets que l’application de règles budgétaires uniformes dans l’ensemble du réseau universitaire québécois pourrait avoir sur l’intégrité des établissements en région et qu’elle réclame plutôt le maintien du principe de l’existence de règles budgétaires à « géométrie variable » que le ministère de l’Éducation a tout récemment encore appliquées au moment de la mise en place de la nouvelle politique de financement des universités qui le lie à ses partenaires universitaires. La Fédération estime en effet que la modulation des règles de financement permet d’assurer en même temps la poursuite d’objectifs de performance nationaux communs et la prise en compte de la spécificité des contextes régionaux tant à l’égard de l’enseignement que de la recherche.

De plus la Fédération recommande que le Ministère et les organismes subventionnaires maintiennent les programmes de financement et de soutien à la recherche qui permettent au plus grand nombre de professeurs-chercheurs des universités québécoises de s’intégrer, de maintenir et d’accroître leur participation à des réseaux de chercheurs, de participer aux échanges régionaux, nationaux ou internationaux qui en résultent et d’assurer la mise à jour continue et partant, la validité et la pertinence de leur enseignement et ce, au niveau du premier cycle tout autant qu’à celui des études supérieures.

Enfin, la Fédération poursuit depuis longtemps les mêmes objectifs que les associations étudiantes universitaires dans leur revendication à l’égard du maintien du moratoire sur les frais de scolarité et elle s’inquiète avec celles-ci de l’augmentation graduelle des frais afférents et de l’apparition récente de frais d’administration qui sont à toutes fins utiles en contradiction avec le moratoire. La Fédération est d’ailleurs intervenue à plusieurs reprises auprès des deux paliers de gouvernement pour réclamer l’abolition des frais de scolarité et l’augmentation des bourses aux études et ce, à l’instar d’autres pays du G8 tels la France et l’Allemagne. La gratuité d’accès aux études universitaires devrait s’étendre aux étudiants du Québec, mais aussi aux étudiants des autres provinces canadiennes et aux étudiants étrangers.

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