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À qui "appartient" l'université?

Près d’une centaine de personnes se sont rendues au colloque À qui « appartient » l’université ? que proposait la FQPPU dans le cadre du 76e Congrès de l’Acfas. Elles provenaient d’une quinzaine d’universités au Québec et à l’extérieur ; d’associations étudiantes et de syndicats ; des ministères de l’Éducation, du Loisir et du Sport et du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation ; d’organismes subventionnaires.

Frédéric Deschenaux, professeur au département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Rimouski et président du Comité sur le corps professoral de la FQPPU faisait paraître récemment cette synthèse de notre colloque dans le bulletin du SPPUQAR, La ligne générale.

À qui « appartient » l’université? Synthèse du colloque de la FQPPU tenu à l’Acfas le 8 mai 2008

Frédéric Deschenaux

Encore une fois cette année, la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université tenait un colloque dans le cadre du congrès de l’Acfas, qui se déroulait cette année à Québec.

S’inspirant d’événements de l’actualité, comme la crise à l’UQAM ou le dépôt du rapport de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP), le colloque questionnait la gouvernance de l’université, dans toute sa complexité. En effet, l’institution universitaire est particulière, ne serait-ce que par sa gestion collégiale et la convoitise dont elle fait l’objet de la part de groupes ou d’institutions qui voudraient en prendre le contrôle. Dans ce contexte, le colloque posait la très pertinente question : À qui « appartient » l’université?

Six conférencières et conférenciers étaient conviés à s’exprimer sur le sujet. D’entrée de jeu, Pierre Lucier, de l’INRS-Urbanisation, Culture et Société, a ouvert le bal en discutant de la question qui constituait le thème du colloque. Sa communication a contribué à faire émerger, « ancrée dans sa mission même, une vision de l’université comme bien commun échappant à toute prétention légitime de propriété ». Dans cet esprit, M. Lucier précise que l’acte de direction des universités doit alors être conçu comme un service et non comme la voie de transmission et de réalisation des objectifs des propriétaires, comme c’est le cas pour l’entreprise privé.

Bernard Robaire, en tant que président de la Commission de l’enseignement et de la recherche universitaire du Conseil supérieur de l’éducation (CSE), est venu présenter le dernier Avis à la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport qui s’intitule « Des acquis à préserver et des défis à relever pour les universités québécoises » . « L’avis dresse un certain nombre de constats et permet de dégager des enjeux et défis au regard notamment de la mission universitaire, de la gouvernance du système universitaire et des interactions avec les divers corps sociaux ».

Amélie Descheneau-Guay, doctorante en sociologie à l’UQAM, a présenté une recherche qui « porte sur la Nouvelle Gestion Publique (NGP) à l’université, soit l’importation graduelle de pratiques issues du secteur privé dans les institutions universitaires et la valorisation de normes liées à une vision managériale des rapports de force institutionnels ». Ce nouveau mode de gestion pose d’intéressantes, voire d’inquiétantes, questions à l’institution universitaire.

Armande Saint-Jean, de l’Université de Sherbrooke, a présenté l'exercice de révision des Statuts de cette institution, qui se déroule depuis plus de deux ans. Cette opération impliquant plusieurs dizaines de personnes de diverses provenances a « permis de révéler les principaux lieux charnières où se posent les problèmes liés à la mission fondamentale de l'université, à la tradition de collégialité, à la liberté académique, à l'exercice du pouvoir, à la délégation des responsabilités et à l'engagement face au bien commun ».

Marie Blais, vice-présidente de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) a rappelé le rôle important que jouent les personnes chargées de cours dans nos institutions universitaires et leur présence toujours grandissante.

Andrée Lajoie, de l’Université de Montréal, a exposé les résultats d’une analyse documentaire à caractère historique à propos des orientations des conseils subventionnaires en sciences humaines et sociales. Elle argumentait la diminution des possibilités de recherche subventionnée « libre », les règles et les programmes des organismes subventionnaires, autant au Québec qu’au Canada, étant de plus en plus orientés. Sa définition de la recherche dite « libre » a donné lieu à de bons échanges avec la salle, qui ne partageait pas nécessairement sa définition.

C’est à Pierre Hébert, professeur à l’Université de Sherbrooke et vice-président de la FQPPU, qu’incombait la tâche de faire le bilan de cette journée riche en discussions. Il a dégagé quatre constats alimentés par les diverses communications et échanges avec la salle.

Il a soulevé que tout se passe comme si deux types d’universités se côtoyaient : l’université en tant qu’institution et l’université en tant qu’organisation. L’université en tant qu’institution met à l’avant-plan la relation entre les professeurs et les étudiants, alors que l’université en tant qu’institution place la priorité sur le développement, l’expansion et la rentabilité. Les présentations et échanges laissent croire que l’écart est grandissant entre les deux types d’université, au profit (!), de l’université en tant qu’organisation.

Le deuxième point concerne l’absorption du domaine politique par la gestion. L’augmentation généralisée des postes de cadres dans les universités en est un exemple. Ce type de personnel n’intervient plus dans la sphère publique et n’a d’autre fonction que de « gérer » le fonctionnement des activités universitaires, en important d’autres sphères des pratiques peu usuelles (mais en voie de le devenir) dans le monde universitaire.

Également, le fait que l’université a toujours été un objet de convoitise de la part de groupes qui veulent se l’approprier transcendait les échanges. Si, à une certaine époque, des considérations religieuses marquaient la volonté d’utilisation de l’université, ce sont maintenant des considérations économiques qui caractérisent l’appétence de certains groupes. Certains les ont même considérés comme des prédateurs ou des ennemis. Toutefois, selon Pierre Hébert, il faut nuancer ce propos, en se questionnant à savoir si les ennemis viennent de l’extérieur ou de l’intérieur de l’université! Il ne faut pas perdre de vue que ce sont les professeures et professeurs d’université qui façonnent, par leurs interventions, l’université. Il ne faut donc pas nécessairement regarder à l’extérieur pour y trouver des personnes ou des groupes qui influencent la culture de l’université.

Finalement, Pierre Hébert a conclu son bilan en questionnant la perte d’une certaine aura ou du mythe de l’université. En fait, disait-il, est-ce vraiment une perte de l’aura universitaire ou la constitution d’une nouvelle aura ? Avec la tournure pragmatique que prend l’université, tout se passe comme si, à défaut de transcendance, on donne tout à la réalité. Dans ce contexte, ces éléments donnent des indices pour savoir à qui « appartient » l’université…

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