Colloque-atelier parrainé par la
Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU)
Jeudi, 10 mai 2007
La Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) organise, dans le cadre du 75e Congrès de l’ACFAS qui se tiendra à l’Université du Québec à Trois-Rivières, un colloque intitulé « La production et la diffusion du savoir à l’heure des TIC : enjeux pour le travail professoral ».
Depuis leur arrivée massive à l’université il y a plus de vingt ans, les technologies de l’information et de la communication (TIC) ont soulevé de nombreux débats sur leur place, leur rôle et leur portée dans la vie universitaire, notamment pour ce qui est de la recherche, de l’enseignement et des applications pédagogiques des TIC.
Tous les domaines de la vie universitaire sont marqués par l’introduction des TIC, qui sont devenues une composante essentielle du travail professoral. Or, les décisions concernant leur intégration dans l’enseignement universitaire ont le plus souvent échappé aux professeures et aux professeurs, même si plusieurs se sont lancés très tôt et avec enthousiasme dans l’aventure de l’exploration des potentialités pédagogiques des TIC. L’immensité de la tâche et le manque de reconnaissance ont eu raison de plusieurs de ces pionniers. Encore aujourd’hui, les administrateurs universitaires tardent à reconnaître l’investissement personnel que représente la transformation de l’enseignement par l’introduction des TIC, alors que l’ensemble du corps professoral a vu ses conditions de travail profondément modifiées par le recours généralisé aux TIC et subit les contrecoups des changements opérés par la transformation périodique des systèmes, non seulement au sein des établissements universitaires, mais aussi dans les organismes, tels les conseils subventionnaires, avec lesquels les professeures et professeurs sont en contact régulier.
L’emploi généralisé des TIC à l’université soulève de nombreux enjeux et problèmes, en particulier sur le plan de la production et de la diffusion du savoir. Pour plusieurs professeures et professeurs, les systèmes mis au point dans les établissements universitaires et la tendance à privilégier les principaux produits de l’industrie dominante dans le secteur constituent des contraintes qui alourdissent inutilement la tâche professorale, les emprisonnant dans des modèles relativement fermés, aux composantes standardisées, qui imposent des limites et bloquent plusieurs initiatives. Pourtant le potentiel des TIC devrait au contraire pouvoir faciliter l’accomplissement de cette tâche en mettant à profit les ressources des systèmes ouverts qui permettent des utilisations variées et diversifiées répondant à la multiplicité des besoins.
En organisant ce colloque, la FQPPU veut tenir une activité ouverte à tous afin de débattre des effets structurants de l’utilisation des technologies de l’information et de la communication en milieu universitaire. Par son organisation, faisant appel à la discussion à la suite de présentations et s’appuyant sur une mise en réseau qui permet de multiplier les réactions et les commentaires, le colloque veut fournir une illustration des possibilités qu’offrent les TIC à la participation, au débat et à la discussion d’enjeux qui concernent tous les acteurs de l’université et non les seuls spécialistes des TIC. Il se veut un lieu pour permettre au plus grand nombre de s’approprier les principaux enjeux liés à l’utilisation des TIC à l’université, de débattre de leurs effets sur la tâche professorale et de leur impact au plan de la production et de la diffusion du savoir. Pour la FQPPU, c’est l’occasion d’inviter ses membres et ses partenaires du milieu universitaire à porter un regard critique sur une dimension incontournable de la vie universitaire au regard de valeurs sur lesquelles la FQPPU fonde son action, notamment le respect de l’autonomie universitaire, l’exercice de la liberté académique et la promotion de l’université comme service public.
Pierre Lebuis (responsable)
Vice-président aux affaires externes
Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU)
Alain Chalifour, professeur
Département de mathématique et informatique
Université du Québec à Trois-Rivières
Renée Fountain, professeure
Département d'études sur l'enseignement et l'apprentissage
Université Laval
Jean-Claude Guédon, professeur
Département de littérature comparée
Université de Montréal
François Pettigrew, professeur
Unité d'enseignement et de recherche en éducation
Télé-université/Université du Québec à Montréal
8h45 Ouverture du colloque
Pierre Lebuis, vice-président aux affaires externes de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU)
9h00 Présentation des modalités de fonctionnement du colloque
François Pettigrew, Télé-université/Université du Québec à Montréal
Président de la séance : François Pettigrew, Télé-université/Université du Québec à Montréal
9h15 « Considérations sur les bases de réflexion devant guider nos choix technologiques dans l’intégration des TIC à l’université »
Jacques Daignault, Département des sciences de l’éducation, Université du Québec à Rimouski
Résumé : Le logiciel libre a fait beaucoup parler de lui ces dernières années, mais dans des cercles encore relativement restreints; ils sont encore nombreux les profs d’université qui connaissent mal la philosophie du logiciel libre et les positions qu’elle défend a l’égard d’enjeux fondamentaux pour la mission universitaire. Pensons seulement à l’avenir du savoir comme bien commun et public, l’inclusion de mécanismes de surveillance au sein des logiciels ou du matériel informatique, l’interopérabilité fragile des données, la criminalisation de nouvelles pratiques de partage, ou encore une certaine forme subliminale d’alignement des modèles d’enseignement et de recherche sur des pratiques commerciales étrangères aux traditions universitaires.
Mon exposé voudrait clarifier certains de ces enjeux en partant du point de vue que les technologies ne sont pas neutres : des choix sont à faire, au plan des outils informatiques, sur des bases plus large que la performance technique, la convivialité des interfaces et les coûts ; des considérations d’ordre éthique politique et pédagogique s’imposent tout autant.
9h45 « Les ressources d’enseignement et d’apprentissage produites dans le contexte des environnements numériques : un nouveau modèle de publication à inventer pour les diffuser? »
Line Cormier, Direction des bibliothèques, Université du Québec
Résumé : Le modèle en place pour la publication des résultats de la recherche favorise la diffusion de la connaissance et offre une reconnaissance à ceux qui l’alimentent. Nombre de publications scientifiques et de livres sont publiés et ainsi accessibles à toute la communauté.
L’adoption de plus en plus généralisée de modes d’enseignement qui s’appuient sur des plateformes de gestion de cours et divers environnements numériques créé un contexte qui sollicite le développement de ressources numériques d’enseignement et d’apprentissage. Plusieurs professeurs et chargés de cours s’investissent pour créer des produits de qualité qu’ils utilisent dans leurs classes, mais dont la diffusion plus élargie est très limitée.
Au cours de cette présentation, à partir de quelques cas observés, on cherchera à illustrer la situation actuelle. On tentera par la suite de décrire quelques scénarios envisageables en ce qui touche la diffusion et la valorisation des ressources d’enseignement et d’apprentissage produites par des professeurs et des chargées de cours.
10h15 Pause
Président de la séance : Pierre Lebuis, Université du Québec à Montréal et FQPPU
10h45 « La diffusion du savoir par les TIC: liberté, participation, coopération »
Michel Dagenais, Département de génie informatique, École Polytechnique de Montréal
Résumé : De nombreux modèles s’offrent au professeur pour la diffusion du savoir, tant au niveau de la plate-forme technologique, de l’interaction avec les étudiants, des permissions de diffusion que de la relation avec les services de support de l’institution. De par mon cumul des rôles de professeur, de spécialiste de la technologie et de gestionnaire d’une équipe de support technique, étant professeur et directeur du département de génie informatique, je suis exposé à ces problématiques sous leurs différentes facettes
La présentation débute par un survol des principales tâches associées à la distribution du savoir, rédaction de contenu, présentation, diffusion et animation. Pour chacune, les différents choix organisationnels et technologiques disponibles seront discutés. En particulier, seront abordés les questions des formats de stockage du contenu et leur nature pérenne et ouverte, des formats de présentation et de leur compatibilité avec de multiples plates-formes, des licences d’utilisation du matériel produit ou repris, et des licences d’utilisation des logiciels utilisés pour créer, éditer ou se servir du contenu diffusé. L’expérience de plusieurs projets réalisés à l’École Polytechnique, et plusieurs exemples de modèles basés sur le développement coopératif de logiciels et de contenus libres, seront discutés.
11h15 « Technologie et éducation : qu’est devenu le professeur et la professeure d’université? »
François Pettigrew, UER Éducation, Télé-Université/Université du Québec à Montréal
Résumé : À travers des exemples, UER Éducation concrets, cette communication tentera de cerner les enjeux auxquels font face les enseignants et les enseignantes universitaires dans un environnement de plus en plus technicisé. Qu’en est-il de la professeure qui a vu son encadrement par courriel passer de 1 heure par semaine à vingt heures par semaine? Quel niveau d’implication dans le processus de médiatisation de son cours le professeur doit-il maintenir? Le choix d’une plateforme de cours par un établissement universitaire a-t-il un impact sur la pédagogie, sur la charge de travail de l’enseignant? Les décisions prises par les services administratifs, informatiques et audiovisuels doivent-elles être conséquentes des choix philosophiques à la base même du concept d’université (au départ une prérogative étudiante et professorale)? Les aspects pédagogiques universitaires doivent-il être enchâssés dans une convention collective pour être protégés? Les impacts sur la tâche et la pédagogie de l’enseignant universitaire, ainsi que la place que peut occuper la technologie, qu’il œuvre sur campus ou à distance, seront présentés. À travers une formule se rapprochant plus de l’atelier, nous tenterons de répondre à quelques questions ensemble.
11h45 « La prise en compte organisationnelle de l’environnement technologique du professeur d’université »
Michel Umbriaco, UER Éducation, Télé-université/Université du Québec à Montréal
Résumé : Les droits d’auteurs et quelquefois des provisions pour des équipements sont habituellement les seuls éléments formels que l’on retrouve dans les conventions collectives ou la réglementation organisationnelle des universités.
Cependant, partout dans le réseau québécois des universités la formation à distance, le elearning ou plus simplement l’utilisation de technologies d’information et de communication sont des réalités concrètes peu prises en charge de manière organisationnelle. Nous sommes rendus, sans doute, à la fin des multiples bricolages reposant sur de la bonne ou de la mauvaise volonté pour proposer une véritable prise en compte organisationnelle.
12h00 Repas libre
Président de la séance : Alain Chalifour, Université du Québec à Trois-Rivières
13h30 « Les TIC et la tâche professorale : des sœurs ennemies? »
Chantal-Edith Masson, Département des lettres et communication, Université de Sherbrooke
Résumé : Les TIC n’ont pas fini de faire couler de l’encre malgré leur banalisation; l’arrivée du Web 2.0 pourrait réveiller les passions. Le professeur perd parfois pied, partagé qu’il peut être entre son désir de bonifier son enseignement et sa recherche – et de retenir ainsi plus et mieux l’attention des étudiants … et celle des bailleurs de fonds – et celui de conserver l’autonomie qui le caractérise, et ce, alors que les jours ont une durée fixe! Les TIC progressent vite et sont de plus en plus complexes : il ne s’agit plus seulement de courriel, de présentation informatisée, de webographie et de site Web (statique) pourtant si enthousiasment développé, souvent avec de l’aide, et rarement mis à jour depuis. Or, l’investissement était déjà significatif. Qu’en sera-t-il avec les sites dynamiques, wikis et autres?
Un inventaire des ressources typiquement disponibles sur un campus universitaire peut contribuer à l’identification des conditions « gagnantes » d’un sain avenir mutuel. Le point de vue adopté ici est multiple, à la fois celui d’une professeure faisant un usage important des TIC, d’une collègue « branchée » plus ou moins isolée, et d’une membre d’un comité exécutif syndical assez au fait des désidératas institutionnels. Entre un service des technologies de l’information et celui de soutien à la formation, en passant par les concours d’innovation pédagogique, WebCT et le support technique facultaire, où loge le professeur?
14h00 « L’intégration de l’informatique dans la recherche et l’enseignement de l’histoire »
Léon Robichaud, Département d’histoire, Université de Sherbrooke
Résumé : Comment les technologies numériques s’intègrent-elles dans une discipline basées sur le texte? Le traitement mécanographique puis numérique des données historiques existe depuis plus de soixante ans.
De grandes banques de données ont par la suite été constituées et exploitées. Le web fait de plus en plus partie des pratiques de diffusion. Les systèmes d’information géographiques et les reconstitutions tridimensionnelles font des percées. Les technologies sont-elles pour autant très répandues dans cette discipline? Sont-elles plutôt limitées à une avant-garde révolutionnaire? Quelles technologies dépassent le niveau des "réceptifs précoces" (early adopters)?
Lorsque ces technologies sont intégrées dans les pratiques, quel est leur impact sur la recherche (demandes de subventions, constitution des équipes, gestion de projet, diffusion des résultats) et sur l’enseignement (matériel de cours, communication avec les étudiants et support pour la livraison du cours)?
En histoire, il existe deux voies parallèles dans l’adoption des technologies. L’une teste les limites des technologies alors que l’autre attend qu’elles soient arrivées à maturité avant de les intégrer dans la pratique. Les pratiques et les attentes par rapport à la discipline rendent difficile l’obtention de subventions et de soutien pour des projets d’avant-garde tant en recherche qu’en enseignement.
14h30 « Ouvrir les portes de la salle de cours grâce aux logiciels libres »
Daniel Pascot, Département des systèmes d’information organisationnels, Université Laval
Résumé : Il y a plusieurs façons d’envisager l’usage des TIC dans l’enseignement universitaire, comme dans toute activité, on peut les regrouper suivant deux approches l’une ancrée dans les TIC, l’autre ancrée dans le besoin pédagogique.
Nous décrirons une pratique que nous avons développée au sein du département des SIO de l’Université Laval et que nous utilisons depuis l’automne 2005. Au départ, nous avions un besoin pour le cours « Logiciels Libres et Sociétés » (http://loli.fsa.ulava.ca) que nous voulions librement accessible aux étudiants locaux et à distance. Nous avons donc développé rapidement et simplement une solution à l’aide de logiciels libres qui s’est avérée répondre au besoin et nous offrir une nouvelle souplesse dans l’organisation des cours. Nous avons donc étendu cette pratique à l’ensemble des cours du département qui se donnaient uniquement en salle. Les professeurs se sont rapidement adaptés à cette nouvelle façon de faire et les étudiants ont répondu très favorablement en adaptant eux aussi leurs comportements. Ainsi, alors que nous pensions que la diffusion en direct serait largement utilisée, nous avons constaté que les étudiants utilisent beaucoup plus les enregistrements accessibles en différé.
Nous discuterons ensuite nos observations, nos projets d’évolution, et de nos interrogations au sujet de l’accès libre ou protégé des contenus de cours.
15h00 Pause
Quatrième partie
15h30 Synthèse et prospectives - Atelier de discussion
Responsables de la synthèse et de l’animation de la discussion
Jean-Claude Guédon, Département de littérature comparée, Université de Montréal
Renée Fountain, Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage, Université Laval
17h00 Clôture du colloque
Cécile Sabourin, présidente de la FQPPU
17h15 Cocktail