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Du rêve à la réalité: colloque sur les études doctorales et les débuts de la carrière professorale universitaire

Du rêve à la réalité, un franc succès pour ce colloque de la FQPPU sur les études doctorales et les débuts de la carrière professorale universitaire

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Professeures et professeurs en début de carrière de partout à travers le Québec, collègues plus expérimentés, étudiantes et étudiants qui sont à compléter leur doctorat, chargées et chargés de cours et quelques trop rares gestionnaires ont accueilli avec beaucoup d’intérêt et commenté avec ardeur les contenus abordés par la quinzaine de conférencières et conférenciers invités au colloque des 22 et 23 mars dernier.

La participation de quelque cent personnes est venue confirmer la pertinence de cet événement qui marquait d’un nouveau jalon plusieurs années de préoccupation et de recherche de la part de la FQPPU à l’égard du renouvellement du corps professoral dans les universités québécoises.

Des conférences inspirantes

Guy Bourgeault (Université de Montréal), le président d’honneur du colloque, a d’entrée de jeu stimulé le débat en affirmant que l’université n’est pas un modèle imposé. En dépit des nombreuses contraintes, dont son effarante bureaucratisation, elle est un espace de grande liberté. Or, cette liberté qui permet l’audace est souvent invoquée pour ne pas bouger.

Jean Nicolas (Université de Sherbrooke) mène une des rares études quantitatives sur la formation, l’encadrement et l’insertion professionnelle des doctorants. Pour lui, le problème ne vient pas d’une pénurie de PhD, mais de leur hyperspécialisation souvent peu attrayante pour les employeurs du secteur privé, du taux énorme de décrochage (40-45 % ne complètent pas leur doctorat) et de la durée trop longue des études doctorales (cinq ans et demi en moyenne). Son équipe a mis au point un complément de formation offert aux doctorantes et doctorants.

Philippe-Olivier Giroux (Conseil national des cycles supérieurs de la FEUQ) a abordé l’impact du type d’encadrement sur la réussite du doctorat. L’insertion au sein d’un groupe de recherche entraîne un taux de diplomation supérieur et dans de meilleurs délais, alors que chez les étudiants isolés (comme c’est souvent le cas en sciences humaines et en lettres), le taux de décrochage est plus haut et les études plus longues.

Garth Williams (Savoir public Canada) a dressé un portrait des études doctorales au Canada depuis 1900. Malgré la présence d’établissements universitaires d’un océan à l’autre et une croissance exponentielle à partir des années 1980 de la recherche et des programmes d’études doctorales, on en arrive en 2001 à une concentration de 92,7 % des doctorants en Ontario, au Québec, en Colombie-Britannique et en Alberta. Plus de la moitié des étudiants se retrouvaient à Montréal (21,2 %), à Toronto (19,7%) et à Vancouver (9,7 %).

Claude Trottier (Université Laval) a parlé de la nécessité de mieux structurer l’intégration des nouvelles et nouveaux professeurs, notamment avec des mentors dûment désignés. Il a souligné que l’identité de professeur, qu’on doit se bricoler tout au long de la carrière, est à géométrie variable suivant la transformation des modes de production des nouvelles connaissances. Nous sommes nous-mêmes des agents de socialisation et il est important d’être conscient de sa propre marge de manœuvre.

C’est par un vibrant appel que Wilfred Cude (chercheur indépendant de Nouvelle-Écosse) a conclu son émouvant témoignage personnel, en demandant au milieu universitaire de s’occuper de cette autre moitié des inscrits au doctorat qui ne passe pas à travers; particulièrement ceux et celles qui sont contraints de renoncer à la toute fin de la démarche à cause du jugement sans appel de leur directeur de thèse ou d’un jury universitaire. Vous avez le pouvoir d’y changer quelque chose. Moi, pas.

Marie Blais (FNEEQ-CSN) a plaidé la cause des chargées et chargés de cours qui, après des études doctorales et souvent postdoctorales, ne parviennent que très rarement à décrocher un poste de professeur. Faute d’accès aux fonds de recherche et de perfectionnement qui leur permettraient de publier, ceux et celles qui souhaiteraient accéder à la carrière professorale délaissent progressivement leurs activités de recherche. Plus le temps passe, plus leurs chances s’amenuisent.

S’appuyant sur quatre grandes enquêtes menées en France depuis 1994 sur l’insertion professionnelle des jeunes docteurs trois ans après l’obtention de la thèse, Jean-François Giret (Centre de recherche sur les qualifications, Marseille) confirme que, là aussi, le recrutement comme professeur devient de moins en moins probable avec l’ancienneté de la qualification. Selon l’enquête de 2003, trois ans après la fin de leurs études, 11 % des jeunes docteurs français sont au chômage (comparativement à 7 % en 1997) et près de 25 % ont des emplois non permanents.

Nathalie Dyke (chercheure indépendante) a présenté les grandes lignes de son rapport de recherche publié en avril 2006, Le renouvellement du corps professoral dans les universités au Québec. Profil et expérience d’insertion des recrues en début de carrière. La soixantaine de nouvelles et nouveaux professeurs provenant de huit universités qu’elle a rencontrés lui ont confié que, dans bien des cas, c’était la première fois qu’ils et elles osaient parler franchement de leurs difficultés (parfois insurmontables) d’insertion.

Francisco A. Loiola (Université de Montréal) nous a parlé du cas du Brésil où, sous la pression de la Banque mondiale, s’est accentuée dans les années 1990 la montée des universités privées – comptant aujourd’hui pour 90 % du réseau universitaire au pays. Les syndicats universitaires, qui au départ avaient acclamé le président Lula et sa volonté de réformer l’enseignement supérieur, lui opposent maintenant une contre-réforme. Les nouveaux professeurs (il en manque 25 700, rien que dans les universités publiques qui comptent 40 215 professeurs) sont laissés à eux-mêmes, avec des variations importantes dans les modalités d’embauche et les conditions de travail d’un réseau et d’un établissement à l’autre.

Une autre vaste recherche quantitative sur la carrière et la mobilité des jeunes chercheurs, cette fois en sciences de la vie et pour les pays de l’Union européenne, a été commentée par Philippe Moguérou (Institute for Prospective Technological Studies, Centre commun de recherche de la Commission européenne). L’enquête montre qu’en 2003, 76 % des 8 800 titulaires de doctorat restent dans l’Union européenne (dont 64 % dans leur pays d’origine) alors que près du quart la quitte. Et que font ces diplômés? 48 % font un post-doctorat; 18 % obtiennent un poste permanent à l’université ou dans la recherche publique; 16 %, un autre type d’emploi en recherche et développement; 16% un emploi hors R&D et 3 % en moyenne sont sans emploi (6 % en Allemagne et en Suède, 5 % en Norvège).

S’appuyant sur les enquêtes Relances du ministère de l’Éducation et sur un sondage du Groupe de recherche sur la migration des jeunes mené en 2005 auprès de 5998 personnes de 20 à 34 ans (dont 50 diplômés de doctorat), Frédéric Deschenaux (Université du Québec à Rimouski) nous a brossé un portrait de la mobilité géographique et de l’insertion de jeunes docteurs québécois. Un des constats : le taux de placement est en baisse : de près de 100 % toutes disciplines confondues en 1987, il est passé en 2005 à 68,4 % en moyenne (allant de 90,6 % en éducation à 54,2 % en sciences de la santé). Près de 60 % des jeunes docteurs sont originaires d’une région métropolitaine, et 1,9 % de régions périphériques.

*On peut lire dans le bulletin du SPPUQAR, La ligne générale, l’article de Frédéric Deschenaux « la dégradation des conditions d’emploi chez les jeunes universitaires : quel est notre rôle ?

À l’instar de son collègue Claude Trottier, Thérèse Hamel  (Université Laval) a souligné que la socialisation professionnelle est un processus de toute une vie, « marqué par une négociation entre la reconnaissance obtenue par autrui et le sens accordé par soi ». À travers les récits de professeurs oeuvrant dans les universités québécoises, elle dégage des types de trajectoires professionnelles contrastées correspondant à trois époques : «du pédagogue érudit au chercheur irréductible» de la période fin des années soixante et années 70, de l’« intellectuelle stratégique au missionnaire résistant » des années 80, et depuis 1990 du « chercheur artisan à l’entrepreneur de la recherche ».

Claire Durand (Université de Montréal) a partagé les résultats d’une enquête menée en 2006 auprès des quelque 650 recrues de l’UdeM. Plus de la moitié des femmes (54 %) et 38 % des hommes prévoient avoir un enfant au cours des trois prochaines années. On imagine l’impact! Rien d’étonnant à ce qu’ils et elles accordent la priorité à la conciliation travail-famille et à la répartition de la charge de travail. Bien payés, surtout dans le cas des hommes en ce qui a trait aux primes de marché (la prime moyenne que reçoivent 49% d’entre eux est de 30 % supérieure à celle qu’ont 38 % des femmes), mais travaillant de longues heures, les nouvelles et nouveaux professeurs disent manquer de temps pour la recherche.

Une participation allumée

Toutes ces communications aux contenus aussi divers que bien étayés ont fait baigner les participantes et participants dans un « principe de réalité » qui ne les a toutefois pas empêchés de clore les échanges en soulignant la passion qui les anime. Car il en faut une bonne dose à la fois pour persévérer dans les études doctorales, pour aborder la carrière professorale et se rendre à la permanence. Le mentorat et le soutien des pairs sont déterminants. Entre le plaisir de la relation avec les étudiantes et étudiants, la passion pour les sujets de recherche et la collégialité qui comptent parmi les grandeurs de la vie universitaire, on note aussi les misères que sont les guerres ouvertes et déclarées dans certains départements, les jeux de pouvoir et le vedettariat, la loi de l’omerta qu’on leur impose ou que s’imposent les recrues par crainte de compromettre leurs chances d’avancement, de même que le flou entourant trop souvent les règles de promotion. On souhaiterait d’ailleurs que la FQPPU contribue à faire uniformiser les pratiques d’embauche et d’accueil dans les universités.

Le colloque a aussi donné lieu à un appel à la solidarité des agrégés et des titulaires avec leurs jeunes collègues afin d’aider ces derniers à exprimer leurs difficultés d’insertion. Mieux que l’affirmation personnelle, celle d’un groupe de professeurs serait plus efficace et éviterait la stigmatisation des recrues. Les syndicats doivent faire place à cette parole; le conseil syndical pourrait être un endroit facile à investir à cette fin.

La Fédération fera un bilan du colloque et s’emploiera à identifier les suivis qui permettront de faire avancer les bonnes idées et d’entretenir l’esprit de cette rencontre très réussie.

À lire aussi, le texte préparé par Nathalie Dyke pour le colloque, « Devenir professeur d’université au Québec : oui, mais à quel prix ? »

Suggestion d'une participante au colloque: le site américain Chronicles of Higher Education où on retrouve des témoignages de nouvelles et nouveaux professeurs. 

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