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Faut-il davantage d'évidences pour démontrer que le financement de l'enseignement supérieur nécessite un débat public?

Par Cécile Sabourin, présidente
de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université.

Dans sa réaction au budget québécois, le 24 mai dernier, la Fédération québécoise des professeures et professeurs (FQPPU) réclamait que les réflexions, recherches et propositions menées depuis la tenue, en 2004, de la Commission parlementaire sur les enjeux entourant la qualité, l’accessibilité et le financement des universités au Québec ne restent pas lettre morte. Un groupe de travail pourrait s’inspirer des quatre-vingt-dix (90) mémoires déposés devant la Commission, des travaux qui ont suivi et d’études et analyses propres afin de préparer un document et des scénarios à soumettre à un large débat public sur le financement universitaire.

La question des coûts et des bénéfices associés aux études supérieures constitue, en particulier dans l’ensemble des pays de l’OCDE, un enjeu crucial trop souvent traité à partir de points de vue idéologiques qui négligent plusieurs aspects considérés comme trop difficiles à évaluer. Il en résulte, comme c’est le cas présentement au Québec, des décisions s’appuyant sur des considérations « strictement » économiques omettant presque toujours la prise en compte de l’ensemble des conditions qui entourent l’accessibilité aux études supérieures et les bénéfices que la société dans son ensemble retire d’une population mieux éduquée, plus instruite et préparée à assumer les transitions inévitables qu’exige un monde en transformation.

Un document de travail du comité technique INES/OCDE1 ne laisse aucun doute sur les postulats de départ, à savoir le caractère principalement individuel des bénéfices rattachés aux études supérieures et l’utilisation privilégiée de variables et indicateurs qui se soumettent aisément à des mesures quantitatives. Dans ces conditions, les nombreux bénéfices sociaux et publics de l’enseignement supérieur – impact sur la santé, la cohésion sociale, la baisse de la criminalité, l’exercice de la démocratie dont les effets se font sentir à long terme, notamment sur les dépenses publiques – sont largement sous-évalués. Le groupe de travail reconnaît aussi ne pas disposer de données fiables sur d’autres dimensions importantes qui permettraient d’évaluer les bénéfices publics de l’enseignement supérieur. Le comité termine son rapport par l’affirmation suivante : «... better identification of the full range and magnitude of the effects of education on health and different aspects of social cohesion could provide a new calculus for public investment decisions in tertiary (and other) education

Faut-il attendre que la surenchère des problèmes budgétaires et autres dans les universités atteigne des records, que chaque administration universitaire et chaque syndicat de l’enseignement supérieur se soit exprimé publiquement sur la gravité de ses propres problèmes avant que le gouvernement et les partis politiques reconnaissent la nécessité de préparer un débat public sérieux sur l’avenir des universités et sur leur financement ?

Soucieuse que le Québec se dote de données solides afin de revoir ses priorités en matière d’accessibilité aux études universitaires et de financement des universités et faisant écho à une demande exprimée par des organisations étudiantes et de travailleurs, la FQPPU presse le gouvernement d’agir.

 

1Who Pays and Who Benefits from University Education, rapport de la 22e réunion du INES Technical group INES/OCDE ou Indicators of Education systems de l’OCDE, mai 2007.

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