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Devenir professeur d'université au Québec : oui, mais à quel prix ?

Devenir professeur d'université au Québec : oui, mais à quel prix ?
Compte tenu des difficultés d'accès à la carrière et d'un taux élevé de départ lors des premières années d'embauche, le corps professoral doit se mobiliser

NATHALIE DYKE, Ph.D.
Chercheure pour la Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université (FQPPU)
Au nom du comité d'organisation du colloque « Du rêve à la réalité »


Depuis le début des années 2000, les universités au Québec et au Canada ont entrepris de renouveler leur corps professoral après une décennie d'un quasi-gel de l'embauche. Bien qu'il faille saluer cette reprise de l'embauche, la réalité des nouveaux professeurs, dont la grande majorité sont en début de carrière, est fort peu connue.

Entre 2000 et 2004, une moyenne annuelle de 745 professeurs ont été embauchés dans les universités au Québec. Ce chiffre semble impressionnant, mais il ne permet pas encore de retrouver le niveau des effectifs de 1994, l'année à partir de laquelle les transferts fédéraux vers les provinces pour l'éducation postsecondaire ont été coupés de façon draconienne.
Cette année, pour la première fois de l'histoire du Québec, toutes les universités annoncent un important déficit budgétaire au point où plusieurs ont décidé de freiner les embauches. Or, le sous-financement chronique des institutions universitaires a un impact énorme sur les conditions de travail et l'insertion des professeurs qui s'intègrent dans un milieu bien différent de celui d'il y a 20 ans.

À la suite d'une enquête réalisée en 2006, la FQPPU a découvert que 29 % des recrues avait quitté le milieu universitaire à l'intérieur des cinq premières années d'embauche. Comme il était impossible de connaître leurs motifs de départ, y compris les principales disciplines et universités qui ont perdu leurs professeurs, la FQPPU a entrepris une tournée provinciale pour prendre le pouls des recrues en poste. Sous le couvert de l'anonymat, une soixantaine de nouveaux professeurs de différentes disciplines se sont exprimés en groupes de discussion dans huit universités de la province. Ces professeurs ont rapporté suffisamment de points de tension communs pour que l'on s'interroge sur les conditions de travail et la carrière professorale.

Difficultés rencontrées

Qu'ils travaillent en région, à Montréal ou à Québec, les professeurs en début de carrière se heurtent aux mêmes difficultés. La question du financement de la recherche est ressortie de façon dominante. Alors que ces nouveaux professeurs doivent s'établir en recherche et que l'accès à la permanence d'emploi repose en grande partie sur leur performance dans ce domaine, le manque chronique de ressources et le combat à mener pour obtenir des fonds déclenchent un processus d'érosion dès l'entrée dans la profession.

Dans ce contexte, l'articulation des tâches d'enseignement, de recherche et de services à la collectivité est perçue comme étant fort ardue par la majorité des participants à cette enquête. Ce problème d'équilibre à atteindre est décrié depuis plusieurs années déjà par l'ensemble du corps professoral. Mais pour un professeur en début de carrière qui doit préparer de nouveaux cours, se faire reconnaître comme chercheur, assumer de nouvelles tâches administratives et composer avec les pressions de l'évaluation à venir – sans que les critères ne soient toujours bien explicités –, la surcharge de travail est forte.

Le problème de la conciliation travail-famille a aussi été abondamment rapporté. La moyenne d'âge des recrues au moment de leur embauche est de 38,5 ans et plusieurs professeurs ont des enfants en bas âge. Cette conciliation devient ainsi un enjeu de taille dans ce milieu où les heures de travail ne sont jamais vraiment comptabilisées. Si l'on se fie aux témoignages entendus, cette double responsabilité continue d'être plus difficile à porter par les femmes. Plusieurs hommes ont déploré que ce sujet reste tabou dans les départements et qu'être parent soit un obstacle à l'avancement dans la carrière.

Revoir la préparation ou revoir le milieu ?

Certains rétorqueront sans doute que les débuts de la carrière n'ont jamais été faciles et que la liberté académique, véritable privilège, mérite bien quelques sueurs. Certes, mais il reste que le défi actuel des universités est de renouveler le corps professoral et de le retenir. À la lumière des témoignages entendus, les conditions de travail et la culture du milieu sont au cœur de cet enjeu. La question à poser est donc la suivante : comment revaloriser la carrière professorale et rendre les universités attrayantes comme milieu de travail, particulièrement en début de carrière ?

C'est au cours des études doctorales que le choix de devenir professeur se fait. Bien que les pourcentages varient d'une discipline à une autre, une moyenne de 50 % des étudiants au doctorat au Québec abandonnent avant l'obtention du diplôme. Parmi les diplômés, seuls 30 % choisissent la carrière professorale universitaire.

Que se passe-t-il à cette étape pour qu'un si grand nombre de candidats potentiels choisissent une autre voie ? Le faible attrait pour la carrière s'explique-t-il par les exigences de la formation ou par le fait d'être exposé à une logique de travail qui n'a pas de sens ? La trajectoire menant à un poste de professeur d'université est un long périple qui nécessite un investissement majeur, tant en termes de disponibilité que de ressources matérielles. Une fois à l'emploi d'une université, le défi de l'insertion professionnelle reste de taille.

Une mobilisation s'impose

Les administrations universitaires et les fondations privées aux États-Unis réfléchissent à cette problématique depuis plus de dix ans (sans toutefois remettre en question la culture dominante du milieu). Conjointement, elles ont mis en place des programmes de préparation à la carrière professorale visant à mieux soutenir les aspirants et à favoriser leur insertion une fois embauchés. De son côté, le mouvement syndical universitaire européen propose des pistes de solution novatrices (par ex. reconnaître les études doctorales comme point de départ de la carrière et de l'ancienneté d'emploi).

Au Québec, quelques initiatives isolées de la part d'administrations universitaires ont été amorcées pour favoriser la persévérance aux études doctorales. Une structure d'accueil des nouveaux professeurs est également implantée à différents endroits et, parfois, conjointement avec les syndicats de professeurs. Or, de façon générale, la problématique n'a pas été saisie collectivement et une sérieuse méconnaissance du problème prévaut.

En fait, nous connaissons peu les trajectoires des étudiants au doctorat, des diplômés et des stagiaires post-doctoraux. Les données empiriques à leur sujet sont restreintes et difficilement accessibles. Il y a aussi une absence quasi totale d'information sur le marché de l'emploi pour les diplômés de doctorat. Nous savons, grâce à une étude du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST), qu'un vide administratif et statutaire existe chez les stagiaires postdoctoraux dont la rémunération varie selon la source de financement du stage postdoctoral et qui n'ont ni avantages sociaux, ni assurance santé. En ce qui a trait aux données sur le corps professoral, l'enquête annuelle de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) aborde quelques aspects, mais plusieurs questions fondamentales restent sans réponse.

Devant cette situation, le corps professoral doit réfléchir et agir collectivement afin de définir comment il souhaite préparer ses futurs candidats et favoriser leur insertion en milieu universitaire pour les années à venir. À cet égard, le mouvement syndical universitaire, confronté également à assurer sa relève, représente un espace idéal de discussion où les enjeux peuvent être débattus collectivement. Cette problématique est trop importante pour la laisser sans débat et sans solution.

Un colloque organisé par la FQPPU, « Du rêve à la réalité : les études doctorales et les débuts de la carrière professorale universitaire », a lieu à l'Hôtel Gouverneur, Place Dupuis, à Montréal les 22 et 23 mars.

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