Présentation
Chère collègue,
Cher collègue,
Il me fait plaisir de vous présenter un exemplaire du document Le Savoir universitaire au cœur de la société. C’est le document thématique du Congrès de mai 2001 marquant le 10e anniversaire de la Fondation de la Fédération. Le texte initial a été révisé par Mme Cécile Sabourin, deuxième vice-présidente, suite aux échanges et discussions au Congrès.
La Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) espère ainsi contribuer au débat public nécessaire sur l’orientation du développement universitaire. Comme toujours, nous apprécierons recevoir toute contribution et tout commentaire sur le document.
Je vous prie, chère collègue, cher collègue, de bien vouloir agréer l’expression de mes sentiments les meilleurs.
La présidente de la Fédération,
Arpi Hamalian
Le savoir universitaire au cœur de la société
Le Comité exécutif de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) proposait dans le cadre de son Congrès de mai 2001 une réflexion sur le Savoir universitaire, plus justement le Savoir universitaire au cœur de la société1. Elle invitait à une réflexion collective celles et ceux qui créent, développent, transmettent, partagent, offrent leurs savoirs à la société, à la société au sens large.
L’institution universitaire, l’Université, et les universités elles-mêmes jouent au cœur de la société un rôle particulier et souvent déterminant. Rappelons que la FQPPU défend l’Université comme un service public, une institution où le lien enseignement-recherche est garant du maintien de l’intégrité de la mission.
Les rapports entre les universitaires et la société subissent présentement de profondes transformations. Le contexte économique, social et politique met à rude épreuve les fonctions traditionnelles des universités ainsi que l’ensemble de leurs rapports avec les savoirs. Les trois missions — l’enseignement, la recherche et les services aux collectivités — sont touchées par les tensions qui en découlent et c’est la spécificité du milieu universitaire qui se voit menacée.
Ce document porte sur la contribution des savoirs issus du travail universitaire au développement de la société et de ses composantes et sur les interrelations entre les universitaires et leurs partenaires dans la construction et la diffusion des savoirs dont les professeures et professeurs sont traditionnellement les principaux responsables.
Les discussions en ateliers tenues en mai 2001 ont fait ressortir la complexité et la diversité des situations selon les disciplines et selon les universités. Les préoccupations alors exprimées par les professeures et professeurs imprègnent le présent document, lequel pose d’abord la question des spécificités du Savoir universitaire pour ensuite susciter des interrogations sur la société à laquelle il est destiné. Enfin, les conditions actuelles mettant en péril l’autonomie des universités à leurs pourvoyeurs de fonds, nous sommes amenés à nous interroger sur les conditions nécessaires pour construire et diffuser le savoir universitaire et préserver un équilibre souhaitable entre des savoirs répondant aux attentes sociétales et des assises critiques et scientifiques solides dans les universités. Ces interrogations se poursuivent par l’identification des principaux défis auxquels les professeures et professeurs sont confrontés.
Les trois missions universitaires que sont l’enseignement, la recherche et les services aux collectivités contribuent, chacune à sa manière, à mettre les savoirs universitaires au cœur de la société.
L’enseignement et l’ensemble des activités qui se rattachent au développement, à l’offre et à l’évaluation des programmes académiques sont interpellés par les questions de distance souhaitable entre les universités et la société. Il est d’usage de considérer qu’une certaine distance s’impose entre les contenus des programmes et les attentes des futurs employeurs. Tout en reconnaissant la nécessité de la pertinence sociale et professionnelle des connaissances transmises, l’apprentissage des étudiantes et étudiants doit inclure la formation fondamentale dont ils ont besoin pour développer leurs aptitudes à l’auto-apprentissage, celle-ci leur permettant de demeurer à la pointe du développement des connaissances. Les demandes issues des milieux de travail et une conception «marchande» de l’offre de la formation académique dans les universités contribuent à soulever les questions incontournables des contenus, de la place et du rôle des savoirs universitaires et de leur transmission dans la société actuelle.
Nul n’ignore que la recherche universitaire, production de connaissances scientifiques, impose aux chercheures et chercheurs de conserver une distance critique par rapport aux objets de recherche et à la société. Toutefois, les conditions dans lesquelles se pratique la recherche et même la poursuite de nombreux travaux sont largement influencées par les sources et les modes de financement. La présence croissante de partenariats, vecteurs de diffusion des savoirs universitaires auprès de diverses composantes de la société, pose alors le défi de la juste tension entre les exigences de la recherche scientifique et la quête de réponses à des besoins exprimés par les bailleurs de fonds. En effet, par le biais du financement, des entreprises imposent leurs propres objectifs à leurs partenaires universitaires. Même subventionnée par des organismes publics, la recherche est très souvent «orientée» au sens où une proportion toujours croissante des programmes de subventions et des appels d’offre imposent les objets sur lesquels porteront les projets retenus pour financement. On s’interroge alors sur la place laissée à la recherche «libre» inscrite dans une démarche intellectuelle autonome, compte tenu de la nette préférence des universités pour des travaux accompagnés de rentrées de fonds s’ajoutant à leur budget de base.
Ainsi, par l’enseignement et par la recherche les professeures et professeurs mettent à la disposition de la société les connaissances qui sont produites au sein des universités, dans des contextes où les mécanismes de transmission et les contenussont «en principe» définis par les universitaires.
Pour sa part, la troisième mission universitaire, celle des «services aux collectivités», fait traditionnellement référence aux services offerts gratuitement à des organismes à but non lucratif qui en font la demande. Toutefois, on constate une diversité et un certain flou quant aux pratiques des universités et des professeures et professeurs en matière de services aux collectivités. Cette mission a pris des formes diverses au cours des ans et il serait périlleux de tenter quelque généralisation quant aux caractéristiques et à l’importance qu’elle a occupée dans la tâche des professeures et professeurs et dans les activités globales des universités. Cette mission paraît cependant incontestablement reliée à la fonction de service public des universités ainsi qu’un vecteur important de la diffusion des savoirs universitaires au cœur de la société.
Inégalement développées selon les contextes universitaires et selon les disciplines, des activités de recherche et de transfert de connaissances, rattachées à la mission «services aux collectivités», mettent les savoirs universitaires plus particulièrement au service d’organismes ayant peu de moyens financiers et aucune visée commerciale. À titre d’exemples, des universitaires mènent de façon régulière avec des organismes à but non lucratif des collaborations de recherche, de recherche-action, de recherche-intervention afin de comprendre et trouver ensemble des solutions à des problèmes quotidiens vécus par des communautés et des personnes. Ces activités se doublent habituellement de transmission de connaissances. Que ce soit dans le cadre de protocoles institutionnels biens établis, de partenariats ponctuels ou même de participations à des instances de décisions locales ou régionales, ces contributions d’universitaires répondent directement à des demandes issues du milieu d’appartenance, dans l’espace local, régional, national voire international. Les principaux objets de telles collaborations sont les problèmes sociaux, socio-économiques et environnementaux.
Les échanges qui sont intervenus au cours des ateliers du Congrès ont permis de constater que le sens donné aux «services aux collectivités» se serait transformé en réaction aux restrictions budgétaires vécues dans les universités, en réponse aux demandes croissantes issues du secteur privé surtout lorsque celles-ci s’accompagnent de moyens financiers et avec l’accentuation d’une culture «marchande» au sein des universités. Il est désormais courant d’identifier les commandites de recherche ou la formation sur mesure à la mission des services aux collectivités.
Dans une société en évolution exigeant que les ressources des universités se mettent aussi au service du développement social, politique, économique et culturel, il est inévitable que des questions surgissent au regard des rapports souhaitables entre les universités et la société, en particulier en termes de distance critique, de liberté académique et de pertinence sociale. Qu’en est-il actuellement au Québec?
Le thème du Savoir universitaire pose d’emblée la question des attentes de la société face aux universités. Au cours des trente dernières années, les universités québécoises ont contribué de manière significative au développement de la société et des collectivités qui les entourent en mettant des savoirs à leur service. Nous nous attardons ici plus spécialement à l’une des dimensions du rapport entre les savoirs universitaires et la société, celle des modes d’expression des attentes provenant de diverses composantes de la société.
Les attentes de la société s’expriment principalement par les groupes d’intérêt constitués, capables de s’exprimer publiquement de façon organisée et surtout capables de faire valoir leurs besoins en les appuyant par des moyens financiers. Ces attentes s’expriment fortement auprès des universités, des universitaires et des organismes «subventionnaires».
Ceux qui disposent des moyens d’imposer leurs propres priorités se sont introduits de diverses manières dans les universités, notamment au sein des conseils d’administration et comme pourvoyeurs de fonds. Les entreprises souhaitant s’approprier les connaissances et technologies de pointe à des fins commerciales sont de ce nombre. Des partenariats, bureaux de liaison, de valorisation et de commercialisation sont maintenant bien installés en vue de mettre à profit les travaux universitaires ayant un potentiel commercial. D’autres organismes moins bien dotés financièrement trouvent plus difficilement à maintenir des liens et des partenariats susceptibles de favoriser le développement de connaissances répondant à leurs besoins. Enfin, tout un pan de la société ne dispose pas de moyens suffisants pour exprimer des attentes et pour s’approprier les savoirs universitaires en vue de trouver des réponses à ses problèmes. Ces «véritables» services aux collectivités continuent en outre d’être offerts sur une base volontaire, mais il faut le dire sans grande valorisation dans la tâche professorale, en particulier au regard de la progression dans la carrière universitaire.
Il en découle que le déséquilibre qui s’installe entre les mieux et les moins bien nantis quant à leurs rapports avec les universités pose de nombreuses questions qui ne sont pas sans lien avec l’enjeu politique et démocratique de l’accès au Savoir et aux savoirs socialement utiles.
Ainsi, plus que jamais un enjeu tout aussi marchand que politique, le Savoir universitaire se conjugue en savoirs utiles, monnayables et rentables; ce qui se traduit au sein des universités par une «obsession» des partenariats et du financement externe et une pression à la «marchandisation» des savoirs.
Dans la société du 21e siècle, les besoins de connaissances sont en continuelle croissance et se caractérisent par leur complexité et leur diversité. Les exigences en termes de financement pour la recherche sont aussi en croissance dans tous les domaines du Savoir universitaire. Si l’on ajoute au tableau les phénomènes de la globalisation économique et de la hiérarchisation des savoirs dits utiles dans ce contexte, tous les ingrédients sont présents pour une accentuation des inégalités entre les «disciplines» au sein des universités et entre les universités et pour une appropriation inéquitable des savoirs dans la société elle-même.
Enfin, on attend des professeures et professeurs qu’ils prennent part aux débats publics et contribuent à mettre à jour des enjeux sociétaux qui dépassent les intérêts de groupes spécifiques ou qui ne sont pas portés par des groupes organisés. Responsabilité reconnue et service à la société, la fonction critique des universitaires, qu’elle s’exerce spontanément ou qu’elle soit sollicitée, nécessite des conditions préalables pour demeurer vivante et crédible. Elle devrait être détachée de contingences mercantiles et indépendante d’intérêts privés ou partisans. Elle doit cependant s’appuyer sur des connaissances et expériences concrètes. Dans la conjoncture actuelle, un équilibre entre connaissance de la société, participation à la vie collective et distance critique est-il possible?
Les professeures et professeurs, principaux responsables de la création et de la transmission des savoirs universitaires perçoivent ces situations, en vivent les contraintes, les potentiels et les paradoxes et ils s’en inquiètent.
Il est largement reconnu au sein des universités qu’en l’absence du respect des spécificités universitaires, les professeures et professeurs ne peuvent exercer correctement leurs fonctions. Les universités sont traditionnellement dotées d’une culture organisationnelle valorisant l’autonomie de gestion, la collégialité, la liberté académique, l’importance des fondements disciplinaires, l’ouverture, l’esprit critique et l’engagement à l’égard du développement des connaissances et de la société. C’est dans cet environnement que le métier de professeur peut s’exercer dans les meilleures conditions. Toutefois, ces conditions ne peuvent être préservées en l’absence de ressources matérielles et financières adéquates.
Le financement public représente une part de moins en moins importante du financement des universités. Cette situation n’a pas manqué de favoriser un important virage vers la recherche d’autres avenues qui se sont offertes par la voie de demandeurs de services bien pourvus financièrement. Ce n’est alors pas sans surprise que les professeures et professeurs constatent que des partenaires ayant des visées commerciales recherchent chez les universitaires des collaborateurs à leurs projets. Certains semblent accueillir comme complémentaire et naturelle cette nouvelle obligation de mettre leurs compétences au service de ceux qui peuvent se les approprier. Alors que s’affirme un contexte essentiellement marchand et compétitif autour et au sein des universités, plusieurs craignent que disparaissent les espaces propices à la recherche libre et fondamentale. Des inquiétudes sérieuses s’élèvent aussi quant à la capacité intrinsèque du système universitaire de protéger ses assises pour le développement de la recherche scientifique autonome.
Cela pose inévitablement la question du juste équilibre à préserver entre l’autonomie des universitaires et leur responsabilités de répondre aux attentes de la société.
La conjoncture actuelle pose aussi la question de la dimension critique du travail des professeures et professeurs. Parfois plus occupés à satisfaire les attentes et échéanciers de leurs pourvoyeurs de fonds que des attentes sociétales reliées à l’avenir et au développement viable de la société, souvent confrontés à des trajectoires professionnelles de plus en plus uniformisées dans des universités qui valorisent peu les démarches autonomes inscrites dans le long terme, les professeures et professeurs sont soumis à des influences, voire des pressions contradictoires.
De nouvelles interrogations surviennent dans cette foulée. Plusieurs affirment déjà que les professeures et professeurs, notamment les plus jeunes, ne peuvent plus naviguer de manière «sécuritaire» dans ce contexte et doivent endosser un profil de carrière de plus en plus homogène. Le climat de travail dans les universités s’en trouve transformé et devient, de fait, peu propice à la créativité et à l’innovation dans son sens le plus large.
Les interrogations des professeures et professeurs sur eux-mêmes et sur leur profession sont alors multiples. Le Savoir universitaire étant au cœur de l’exercice et de la valorisation de leur métier, les transformations qui l’affectent ne peuvent être sans conséquence pour les professeures et professeurs. Transformés en enjeux politiques et économiques et comportant des dimensions technologiques et instrumentales souvent jugées déterminantes de leur utilité sociale, les savoirs sont hiérarchisés et certains d’entre eux ouvertement dévalorisés. La classification et la dévalorisation des savoirs universitaires eux-mêmes contribuent, de l’avis de nombreux professeures et professeurs, à une dévalorisation de leur travail. Cela semble particulièrement le cas lorsque les savoirs sont assimilés à des biens monnayables, et que les rentrées de fonds constituent des mesures de la performance des professeures et professeurs.
L’Université et ses caractéristiques sont aussi au cœur des conditions d’exercice de la profession. Traditionnellement reconnue au Québec comme service public et institution de haut savoir, lieu de création et de transmission des connaissances, l’Université est présentement menacée dans ses assises mêmes par l’utilisation «utilitariste» des ressources universitaires et en tout premier lieu des compétences des professeures et professeurs.
Menacées aussi dans leur autonomie de gestion interne, les universités en subissent les contrecoups jusque dans les modes et instruments habituels de gestion qui font appel à la collégialité et au respect de la liberté académique. Adaptées aux défis de mettre en œuvre les missions universitaires, ces logiques de gestion sont confrontées aux incitations, voire à l’obligation d’adopter des mécanismes s’inspirant de ceux qui sont en vigueur dans des entreprises recherchant une rentabilité à court terme de leurs activités productives. C’est l’influence des acteurs sociaux préoccupés de retours sur l’investissement qui s’insinue dans les universités. Exerçant de manière disproportionnelle leur influence sur les choix des universités dans le sens de leurs intérêts corporatifs, les priorités des groupes sociaux les mieux nantis menacent une autonomie universitaire pourtant perçue par les professeures et professeurs comme une condition essentielle à la qualité de leur travail.
Les besoins de la société au regard des savoirs universitaires sont multiples et concernent tous les domaines de connaissances. Que les connaissances soient transmises dans les programmes d’enseignement, par des résultats de recherche ou par des services fournis aux collectivités, les professeures et professeurs sont au cœur de ce rapport entre le Savoir et la société.
Pourvoir la société des savoirs dont elle a besoin pour son développement relève toutefois d’une responsabilité partagée. Dans une société en transformation, marquée par d’incessants changements technologiques et la globalisation économique, quelle marge de manœuvre reste-t-il aux professeures et professeurs pour répondre aux besoins et développer les savoirs qu’eux-mêmes jugent prioritaires?
Alors qu’ils incarnent «encore» la fonction symbolique de l’Université, celle de produire et de transmettre les connaissances, les professeures et professeurs effectuent des choix dans l’exercice quotidien de leur métier. Traçant les contours de l’Université en devenir, ces choix déterminent l’ampleur et la lourdeur de la tâche professorale et ont nécessairement des conséquences sur la carrière. Ils sont aussi des réponses aux défis qui se posent en termes d’aspirations professionnelles et personnelles et expriment l’interprétation que les professeures et professeurs font individuellement et collectivement de leur rôle de professeur. Cinq défis s’imposent d’emblée :
(1) l’avenir du savoir universitaire,
(2) la définition de la compétence des professeures et professeurs et la valorisation de leur profession,
(3) la liberté académique, intimement liée à la distance critique entretenue par les professeures et professeurs en rapport avec la société,
(4) le rôle social et la «rentabilité» pour la société des activités professorales,
(5) la collégialité et la participation aux instances de gestion des universités.
L’avenir des savoirs non monnayables, du développement des connaissances fondamentales ainsi que des secteurs en émergence paraît menacé dans la mesure où dominent des domaines de recherche et des partenariats à fort potentiel commercial. Reste aux professeures et professeurs le défi d’être créatifs, innovateurs, d’exercer des choix libres quant à leurs activités universitaires tout en menant une carrière globalement satisfaisante.
Préserver une conception des compétences des professeures et professeurs prenant appui sur leur valeur intrinsèque et leur pertinence sociale au sens large en constitue l’élément central. Exercer une influence significative sur les orientations à donner à d’éventuels indicateurs de leur performance constitue pour les professeures et les professeurs un enjeu de survie de leur métier.
Ce défi s’exprime de différentes manières selon qu’il s’agit de la diffusion écrite ou orale de leurs travaux scientifiques ou de leur participation à des débats publics. Les professeures et professeurs estiment prioritaire de disposer des moyens appropriés de faire connaître et de rendre accessibles leurs travaux par les moyens qu’ils jugent appropriés en fonction des publics visés, et ce, sans restriction et avec la reconnaissance de la valeur des modes de transmission utilisés. Eu égard aux stratégies et mécanismes d’appropriation de la propriété intellectuelle présentement en développement dans les universités, le défi de maîtriser la diffusion et l’usage des nouvelles connaissances est particulièrement ressenti.
Participer aux débats publics, c’est jouer un rôle de «conseil éclairé» auprès des décideurs et auprès du public en général, dans certains cas en maintenant un juste équilibre entre des interventions à titre d’intellectuel, d’expert et de citoyen.
Non sans lien avec la liberté académique, ces défis posent aussi la question de la distance entre les universités et leur milieu. Pour agir au cœur de la société, une certaine connaissance des pratiques et problèmes sur le terrain est nécessaire alors que l’Université attend justement de ses professeures et professeurs qu’ils conservent un regard critique sur la société et son fonctionnement.
Plusieurs professeures et professeurs ont exprimé ce défi en termes de capacité d’intervenir sur les priorités quant à leurs travaux et en particulier d’éviter que les recherches, les partenariats et les contenus de programmes soient soumis aux seules contraintes financières.
Ils considèrent utile et rentable pour la société de développer l’accès démocratique à l’éducation supérieure comme instrument de promotion sociale et de citoyenneté pour les Québécoises et les Québécois et de définir les contenus de programmes d’enseignement en réponse aux besoins des personnes et des futurs professionnels et professionnelles.
Ils considèrent utile et rentable pour la société que soient valorisées des collaborations interdisciplinaires visant la recherche de solutions à des problèmes complexes et misant sur des partenariats entre organisations sur la base de leur pertinence sociale plutôt que sur leur rentabilité financière.
Enfin, ils considèrent que c’est un réel défi de contribuer à l’élaboration de choix collectifs dégagés des déterminants d’ordre économique et financier.
Les modes de gestion collégiale s’appuyant sur la participation active aux instances décisionnelles et consultatives de gestion des universités apparaissent comme une assise fondamentale de la tradition universitaire. Ces modes de gestion sont graduellement marginalisés par manque de disponibilité et parfois d’engagement des professeures et professeurs et par des manœuvres de subversion de leur pouvoir réel d’influer sur les orientations des universités.
CSE (2002), Les universités à l’heure du partenariat, Avis du Conseil supérieur de l’éducation au ministre de l’Éducation.
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Mulazzi, Pierrette, L’argent et le Savoir – Enquête sur la recherche universitaire sous la direction et avec un avant-propos de Guy Rocher, FQPPU, HMH, 1998, 170 pages.
Piette, Christine, Où va l’Université? Le travail professoral : miroir d’une évolution, FQPPU, HMH, 1999, 164 pages.
1 Document thématique discuté lors du Sixième Congrès statutaire de la FQPPU, les 2, 3, 4 mai 2001.