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La table des partenaires universitaires (TPU) fait mouche au Forum social québécois avec son atelier sur l'impact du privé dans les universités

Plus d’une cinquantaine de personnes se sont entassées dans une salle de cours de l’UQAM le 24 août dernier pour entendre et discuter des interventions des représentantes et représentants de la TPU, venus illustrer les différents aspects que prennent les transformations en cours dans les établissements universitaires. Chacun des porte-parole s’est employé à montrer comment les pratiques en vigueur dans les entreprises privées commerciales s’infiltrent dans la gestion des universités, mettant en péril l’accomplissement de leur mission et l’intégrité du réseau universitaire québécois.

Marie Blais, de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) a brisé la glace à l’aide d’une étude britannique sur la privatisation déguisée dans le secteur éducatif, dévoilée fin juillet au Congrès de l’Internationale de l’Éducation. Stephen Ball et Deborah Youdell y font la distinction entre la privatisation « endogène » qui se manifeste par l’importation de méthodes de gestion, de valeurs, de concepts issus de l’entreprise privée et la privation « exogène » qui, elle, se traduit par l’introduction du secteur privé à travers les PPP, la sous-traitance ou la philanthropie. En plus de remodeler le rôle de l’État, ces différentes formes de privatisation modifient la gouvernance des établissements, l’organisation des services éducatifs, les conditions d’enseignement, le rôle des acteurs (dirigeants, enseignants, étudiants, syndicats) mais, surtout, remettent en cause les valeurs qui prévalent dans les établissements. L’éducation cesse d’être considérée comme un bien public profitant à la société dans son ensemble, pour devenir un produit de consommation profitant à un individu.

Michèle Beaudoin, de la Fédération du personnel professionnel des universités et de la recherche (FPPU) a abordé les visages du privé dans les universités. Comment les administrateurs adoptent un discours et un vocabulaire empruntés au secteur privé et modifient à la pièce leurs pratiques de gestion. Comment les activités d’enseignement et de recherche ainsi que les conditions de travail des différents personnels s’en trouvent modifiées. Comment le choix et le profil des cadres supérieurs, la bureaucratisation des mécanismes de gestion compromettent la collégialité. Comment les objectifs de formation générale et fondamentale sont menacés par l’urgence de répondre aux besoins du marché du travail. Comment les besoins en infrastructures sont comblés en introduisant le secteur privé au sein même des universités. Comment le financement de la recherche dépend de programmes donnant priorité à l’innovation et aux intérêts économiques. Comment les problèmes budgétaires incitent à resserrer les conditions de travail et à consolider la précarité des emplois.

De son côté, Michel Jacques de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) s’est intéressé à la philanthropie, particulièrement à celle qui est « orientée » ou « conditionnelle » et mène à des alliances hétéroclites entre l’université et le privé. On voit se conclure des pactes liés à la réalisation de projets sans utilité pour la mission de base de l’université ou qui nuisent à sa liberté académique, qui lui laissent le fardeau des dépenses imprévues et l’obligent à revoir ses plans de gestion et de développement dans un contexte de sous-financement et de désengagement de l’État envers la mission fondamentale de l’université. On parle de « clientèle » à qui offrir les meilleurs « services », le meilleur « produit ». Le privé semble aussi emmener avec lui ses indicateurs de résultats qui confondent trop souvent la qualité et la « rentabilité ». Les universités évoluent désormais dans un « quasi-marché concurrentiel » pour le recrutement des étudiants. Le « marketing du produit » prend alors une place prépondérante et gruge une grande quantité de ressources qui auraient pu être allouées à l’enseignement.

Pierre Hébert de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) a pour sa part choisi d’intituler sa présentation « L’université et les entreprises privées : comment faire disparaître huit mille intellectuels sans laisser de traces ». On parle copieusement depuis quelques années des interrogations que soulèvent les liens entre l’université et le secteur privé en termes de précarité de la recherche fondamentale, d’affaiblissement du lien recherche/enseignement, de la pression pour des résultats rapides, des contrôles extra-universitaires croissants. Ce qui pour Pierre Hébert présente le plus grand danger qui menace l’université, c’est qu’elle soit en train de troquer son identité d’« intellectuel collectif » pour devenir une entreprise pourvoyeuse de savoirs éphémères et productrice de personnel hautement qualifié. Dès lors, ce seront tous les professeurs qui verront minée leur propre crédibilité d’intellectuels. Et au Québec, ils et elles sont plus de huit mille ainsi touchés.

Cécile Sabourin de la FQPPU concluait les présentations en soulignant que, par ses analyses et son influence sur les gouvernements des pays industrialisés, l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) prépare depuis plusieurs années les administrations universitaires à concevoir leurs établissements comme des entreprises au service de l’économie : productrices d’innovations et formatrices de personnel hautement qualifié. Avec ses « scénarios du futur », l’OCDE incite les gouvernements à une conception binaire des réseaux universitaires : établissements d’élite en concurrence effrénée sur le marché international et universités moyennes répondant aux demandes des étudiants et de leur milieu. La Table des partenaires universitaires se mobilise pour exiger, à l’instar de l’Internationale de l’Éducation, que les universités soient un service public contribuant par leurs missions spécifiques au développement social, culturel et économique des personnes, des communautés, des régions, des nations.

Dans la discussion animée qui a suivi, on a souligné que c’est toute l’idée de communauté des savoirs qui est en jeu, que l’intrusion d’une logique étrangère – celle du privé, si on ne garde pas une distance critique, ouvre la voie à l’asservissement et à l’instrumentalisation du corps professoral. On est en train d’enlever à des milliers de profs leur terre d’appartenance, il faut s’y opposer. On a parlé du climat guerrier qui s’est instauré entre départements et entre facultés et de l’omertà que pratiquent les professeurs pour ne pas être étiquetés de personnes ne sachant pas s’adapter au fonctionnement en milieu compétitif. On a reconnu la nécessité de développer une action syndicale sur le terrain car ce sont des enjeux qui traversent tout le réseau universitaire. Mais on a parlé aussi de l’urgence d’investir d’autres lieux comme les comités d’embauche et la gestion départementale. Comme professeurs, portons-nous assez l’idéal universitaire ou sommes-nous juste contents d’avoir de bonnes jobs ? Il y aurait aussi un travail à faire pour stimuler dans la population la fierté d’avoir un réseau universitaire. Comme le soulignait une participante, même si on n’a pas soi-même fait de longues études, ça devrait être une fierté de savoir qu’on a contribué par nos taxes et nos impôts à ce que nos enfants ou nos petits-enfants puissent aller à l’université.

De quoi alimenter et inspirer un programme d’action !

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