Par ses analyses et son influence sur les gouvernements des pays industrialisés, l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) prépare depuis quelques années les administrateurs universitaires à concevoir leur établissement comme des entreprises au service de l’économie : productrices d’innovations et formatrices de personnel hautement qualifié. Les « scénarios du futur » qu’elle développe incitent les gouvernements à une conception binaire des réseaux universitaires : établissements d’élite en concurrence effrénée sur le marché international et universités moyennes répondant aux demandes des étudiantes, des étudiants et de leur milieu.
La Table des partenaires universitaires à l’instar de l’Internationale de l’éducation (IE) exige des universités qu’elles soient un service public contribuant par leurs missions spécifiques au développement social, culturel et économique des personnes, des communautés, des régions, des nations.
Quelques mots sur les travaux de l’OCDE et les Scénarios du futur du CERI (Centre pour la recherche et l’innovation dans l’enseignement)
OCDE : une organisation formée par les pays développés afin de la conseiller. Les travaux qu’il entreprend sont déjà orientés par son « conseil d’administration » et en particulier pas ses plus puissants membres.
Comment mieux se faire dire ce qu’on souhaite entendre et ensuite le transmettre à ceux qui auront mandat de l’exécuter? Dans le cas qui nous intéresse : les universités et par extension les universitaires.
* L’ensemble des travaux du CERI s’inscrivent dans un mouvement sans précédent en faveur de l’internationalisation et la globalisation économique. La recherche sur les scénarios du futur vise à projeter ce que deviendront les universités compte tenu des tendances présentes dans la société, en fait celles qu’on a choisi d’analyser et que l’on influence/oriente déjà par les politiques publiques.
Résultats attendus et conséquences de ces scénarios de l’OCDE
Dans presque tous les secteurs d’activités, on observe une différentiation croissante entre les élites et le reste de la population. Celle-ci est-elle voulue, planifiée, différente de ce qui a toujours existé? Elle correspond certainement à un revirement par rapport aux espoirs et utopies des années ’60 et ’70 et des efforts qui ont suivi afin de développer les services publics et de les rendre accessibles, ici au Québec comme ailleurs dans le monde.
Pourquoi l’enseignement supérieur aurait-il un traitement différent de ce qui se passe dans les autres domaines d’activités? Si la vague de restructuration au service des intérêts économiques et de « privatisation » a déferlé sur l’enseignement supérieur plus tard que dans d’autres domaines, elle nous a bel et bien rejoints. Les conséquences sont particulièrement désastreuses parce que c’est l’avenir des savoirs, des idées et des populations qu’on y façonne
L’approche développée par le CERI-OCDE s’oppose bien sûr à une conception du savoir comme bien public et de l’enseignement supérieur comme service accessible à toutes celles et à tous ceux qui ont les capacités et la volonté de s’y engager.
Les scénarios en construction, dans leur état actuel, proposent 4 modèles d’universités dont les valeurs vont de l’ouverture totale à l’université en réseaux avec liberté totale de choix pour les utilisateurs jusqu’à l’université entreprise, en compétition ouverte avec toutes les autres. Les deux modèles intermédiaires, probablement ceux que l’on souhaite vraiment voir implantés sont celui des universités au service des communautés locales et nationales et le New Public responsability privilégiant des universités empruntant les valeurs du secteur privé tout en étant financées par des fonds publics. (Voir synthèse)
L’IE a exprimé ses réactions au cours du processus d’élaboration des modèles et proposé l’université, service public. Elle continue à assurer un suivi des travaux afin de faire valoir les points de vue de ses affiliés de l’enseignement supérieur.
Quel type d’universités souhaitons-nous au Québec?
La TPU exige des universités qu’elles soient un service public contribuant par leurs missions spécifiques au développement social, culturel et économique des personnes, des communautés, des régions, des nations.
1- Financement adéquat par le gouvernement : stable, via le système de taxation
2 - Autonomie de gestion et gestion collégiale, c’est-à-dire incluant la participation des professeures, professeurs, autres personnels et étudiantes et étudiants en fonction de leurs responsabilités respectives
3 – Respect des valeurs et principes suivants : accessibilité, qualité, préservation du lien entre l’enseignement et la recherche, liberté académique, droits syndicaux sécurité d’emploi
* De maîtres à contremaîtres? Non. Les universitaires veulent conserver un rôle de décideurs et de maîtres d’œuvre et non seulement gérer les orientations qui leur sont imposées pour des considérations qui ne relèvent pas des missions universitaires.
Références :
Les orientations privilégiées par l’Internationale de l’Éducation et ses affiliés (l’université comme service public) (document synthèse, Cécile Sabourin) et CERI – L'avenir de l'enseignement supérieur