Le ministre provincial des Finances, Carlos Leitão, a déposé son quatrième budget pour le Québec, le 28 mars dernier. Même si l’éducation a obtenu une enveloppe budgétaire plus importante que par les années passées, la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) aurait souhaité que les investissements financiers soient plus élevés.

Plusieurs estiment que la période d’austérité imposée par le gouvernement libéral semble terminée. Depuis l’arrivée de Philippe Couillard au pouvoir en 2014, les coupes budgétaires s’élèvent à près d’un milliard de dollars pour le fond de fonctionnement, qui assure les activités régulières du système d’éducation, souligne le président de la FQPPU, Jean-Marie Lafortune.

Provenant du ministère de l’Enseignement supérieur, ce fond est distinct de celui des immobilisations, découlant du ministère des Finances, et celui avec restriction, qui est sous la juridiction du ministère de l’Économie, de la science et de l’innovation.

Au cours des deux prochaines années, le gouvernement investira 282 M$ dans le fonds de fonctionnement, réparti majoritairement en 2018-2019. « Nous avons une distribution bonbon cette année. C’est tout concentré sur l’an prochain, car c’est une année électorale », déplore le président de la FQPPU.

En comparant les coupures imposées au milieu universitaire avec les investissements annoncés récemment, force est d’admettre que ces millions de dollars sont loin de rattraper les compressions des dernières années.

Rattraper le ratio

Avant le dépôt du budget, la FQPPU avait demandé au ministère de l’Enseignement supérieur de créer une enveloppe de 426 M$ afin de procéder à l’embauche de 2585 professeurs dans le milieu universitaire. « Cela aurait garanti la qualité de l’encadrement. On aurait eu un ratio étudiant/prof équivalent à la moyenne canadienne », explique Jean-Marie Lafortune.

Dans l’enseignement supérieur, l’embauche d’un professeur doit s’accompagner de l’embauche d’un personnel complémentaire. Que ce soit des professionnels de recherche ou encore du personnel technique, par exemple, ces ressources sont essentielles aux activités d’enseignement et de recherche, ajoute le président.

Une proposition pour le gouvernement

La FQPPU a récemment présenté une mesure au gouvernement afin de créer un programme de subvention annuelle de base. Avec ce programme, chaque professeur d’université recevrait une allocation d’environ 10 000 $ chaque année afin de « soutenir la relève en recherche et d’encourager l’innovation dans toutes les sphères de la société ».

Cet engagement demandé à la hauteur de 100 M$ irait essentiellement à des étudiants de cycle supérieur et à des professionnels de recherche. Cette somme assurerait la continuité des activités et, éventuellement, la conversion en cours de carrière vers d’autres créneaux, selon Jean-Marie Lafortune.

L’engagement du gouvernement fédéral souligné

Le 22 mars dernier, le ministre canadien des Finances, William Morneau, a déposé son budget 2017-2018. « Ce budget continue de maintenir le niveau d’engagement plus qu’important d’Ottawa », a souligné le président de la FQPPU.

Pour l’éducation, il est à noter que le gouvernement fédéral finance plus de 50 % de la recherche, ce qui représente des sommes considérables comparativement au gouvernement du Québec.

En contrepartie, tel que M. Lafortune a tenu à le rappeler, la population québécoise paie des impôts à Ottawa et il est donc normal qu’il y ait réinvestissement de cet argent au Québec.

Un financement mal réparti

Les investissements dans l’éducation de la part du gouvernement du Québec se chiffrent à plus de 17 G$ pour la prochaine année. Même si le budget pour la recherche a été augmenté, le président de la FQPPU regrette que les sciences de la santé ainsi que les sciences appliquées, telles que médecine et génie, soient privilégiées.

« On omet de donner au corps professoral engagé dans le domaine des arts, des lettres, des sciences humaines et sociales les moyens de développer la recherche, la relève et donc d’élargir les assises mêmes des capacités d’innovation de la population québécoise et canadienne », a défendu M. Lafortune.

Au niveau fédéral, le président s’explique mal que les champs de la santé et de génie obtiennent également une part disproportionnée du budget. « Normalement, l’éducation relève des provinces. Les modalités devraient pouvoir faire en sorte que les montants soient redistribués éventuellement par [celles-ci] », a-t-il réitéré.

Pour illustrer le propos, Jean-Marie Lafortune a exprimé que 55 % du corps professoral québécois exerçait des recherches en arts, lettres, sciences humaines et sociales, mais qu’il ne recevait que 15 % du financement public.

Il a terminé en souhaitant que cette proportion change, car tous les champs disciplinaires méritent d’être soutenus pour l’ensemble de leurs activités selon lui. Il soutient qu’au final, ce sont les étudiants qui écopent.

Samuel Matte


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