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Les occasions où les gouvernements ouvrent des chantiers permettant de réfléchir collectivement à l’avenir des universités ne sont pas légion. Ces institutions du savoir, qui ont traversé les siècles, ont de tout temps eu des rapports complexes et parfois paradoxaux avec les pouvoirs qui les financent. Si l’on reconnaît que l’autonomie intellectuelle et scientifique des universités est garante de l’accomplissement des missions d’enseignement et de recherche qui leur incombent, les attentes envers elles et les pressions sur elles sont néanmoins bien réelles. Et si la liberté académique des professeurs et du personnel d’enseignement et de recherche a toujours été une façon de garantir cette indépendance intellectuelle, dans l’intérêt public, l’évolution des mœurs sociales fait en sorte que ces derniers ont subi et continuent de subir des pressions et des contraintes dites doctrinales dans l’exercice de leur profession.

Au Québec, la communauté universitaire a vécu avec une grande amertume les suites du Sommet sur l’enseignement supérieur de 2013, qui lui-même faisait suite à la crise étudiante de l’année précédente. Ce Sommet et les chantiers qui l’ont suivi avaient été, justement, l’opportunité de réfléchir collectivement à la façon d’améliorer le système universitaire québécois, de revoir la façon dont on le finance, d’affirmer les valeurs qui devaient présider à la poursuite de ses missions, de se doter d’institutions permettant de réfléchir de façon permanente et indépendante à ses desseins et éclairer les politiques publiques. Malheureusement, peu des propositions énoncées par les responsables des différents chantiers mis sur pied lors de ce Sommet ne se sont concrétisées. Ce Sommet n’ayant abouti à aucune grande réforme, le réseau universitaire a poursuivi son développement sans véritable ligne directrice, sans balises claires, ce qui a entraîné un certain nombre de dérives.

Ainsi, la mise sur pied par le ministre Jean-François Roberge d’un Groupe de réflexion sur l’université québécoise du futur (ci-après « Groupe de travail »), dont les travaux se sont poursuivis sous la responsabilité de la ministre Danielle McCann et sous la direction du Scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, a été accueillie avec beaucoup d’enthousiasme par la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU), qui y a vu une occasion de poursuivre un travail amorcé il y a plusieurs années. À l’invitation de M. Roberge, la Fédération a d’ailleurs participé aux travaux du Groupe de travail, où elle était représentée par son collaborateur de longue date, M. Michel Umbriaco, professeur de la TÉLUQ et spécialiste du financement des universités.

Le présent mémoire fait état des réactions et des propositions de la FQPPU à l’égard de plusieurs des recommandations issues du rapport de ce Groupe de travail, à savoir l’affirmation de l’autonomie institutionnelle, la création d’un organisme indépendant pour gérer les données sur les universités québécoises, la révision du financement des universités et de la recherche, la mise en place des conditions nécessaires au développement d’une formation à distance de qualité, l’atteinte de la parité homme-femme et d’une meilleure représentation des personnes issues de la diversité au sein du corps professoral, ainsi que le renforcement des liens entre les universités et la société.

Un élément nous tient néanmoins particulièrement à cœur, soit la protection de la liberté académique. Nous estimons en effet qu’il s’agit de l’enjeu le plus important qui émane de ce chantier pour que, dans le futur, l’université québécoise soit en mesure de poursuivre ses missions dans l’intérêt public, tout en conservant la confiance des citoyennes et citoyens du Québec dans la capacité des universités, de leurs professeurs et du personnel de recherche et d’enseignement, de produire des connaissances et de les transmettre à l’abri de toute ingérence, qu’elle soit morale, politique ou économique. Nous appelons ainsi de nos vœux le dépôt d’un projet de loi visant à garantir l’exercice de cette liberté académique au sein de nos universités.


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