« Les femmes sont les plus touchées par les baisses de subvention de la recherche », constate la vice-présidente de l’Association des professeurs de l’Université Concordia, Françoise Naudillon. Elle réalise actuellement l’étude Femmes et sciences à l’université pour le compte de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’Université. Quartier Libre s’est entretenu avec elle pour détailler les premiers résultats de ses recherches.

Quartier Libre : En quoi consiste l’étude que vous réalisez?

Françoise Naudillon : L’objet de l’étude est de vérifier comment les femmes professeures et les jeunes chercheuses se débrouillent dans l’évaluation et le financement de la recherche. Le but est de vérifier s’il y a bien une équité, et s’il n’y a pas d’équité, comment la corriger. Pour l’instant, l’enquête a deux volets. Le premier volet est constitué d’un travail quantitatif, qui explore l’octroi des subventions sur les cinq dernières années. La deuxième partie de l’enquête concerne un sondage envoyé à tous les professeurs dans les universités anglophones et francophones du Québec. On a posé des questions sur la façon dont les professeurs évaluaient la possibilité de faire de la recherche et de se financer.

Q.L. : Quels sont les premiers résultats des sondages?

F.N. : Ce qui ressort, c’est la perte de temps, la multiplicité des tâches à accomplir et donc la difficulté à concilier travail et vie de famille. La plupart du temps, le moment où le chercheur est le plus compétitif coïncide avec la période dite de reproduction chez la femme.

Q.L. : Comparativement aux hommes, quelle est la part des femmes dans le corps professoral?

F.N. : Actuellement, il y a 33 % de femmes chercheuses au Québec. Cette proportion est en train de changer parce qu’on est à peu près à 45 % de femmes dans les recrutements des dix dernières années. On estime que, d’ici une vingtaine d’années, on sera à parité. Cependant, les femmes sont les plus touchées par les baisses de subventions de la recherche.

Q.L. : Selon vous, à quoi cela est-il dû?

F.N. : Les femmes ne sont membres à part entière de l’université que depuis bien peu de temps par rapport aux hommes. Elles doivent s’insérer dans un mode organisationnel qui n’a pas été prévu pour elles. Ce n’est pas forcément qu’on ne veut pas financer la recherche féminine, mais il y a un climat et une culture qui se sont instaurés au fil des siècles. Par exemple, beaucoup d’informations s’échangent au cours d’activités informelles excluant les femmes, notamment au sein des disciplines à forte majorité masculine.

Q.L. : Quelles sont les difficultés rencontrées par les femmes lorsqu’elles veulent financer leurs recherches?

F.N. : Il n’y a pas de refus systématique d’un travail provenant d’une femme. Cependant, c’est en ce qui concerne les profils des chercheurs, souvent atypiques pour les femmes, et les sujets de recherche qu’on constate des différences dans l’accès aux financements. Par exemple, les femmes se spécialisent moins que les hommes. Leurs curriculums donnent l’impression qu’elles se sont davantage éparpillées que leurs contreparties masculines. Les domaines de recherche les moins reconnus et les moins financés sont aussi ceux dans lesquels il y a le plus de femmes. Au Québec, dans le milieu paramédical, on compte presque 75 % de femmes, et dans celui des arts, 63 %. Par contre, en droit, on en dénombre 36 %, en sciences appliquées, 11 % et en sciences pures, 10 %.

Q.L. : Y a-t-il des explications à la présence ou à l’absence des femmes dans certains domaines?

F.N. : Selon une analyse personnelle, je pense que nous sommes encore dans un univers cloisonné. Le savant avec l’éprouvette et le sarrau de travail est un homme. Les femmes qui évoluent dans ce milieu-là sont obligées de s’adapter. Soit on suit cette culture masculine traditionnelle soit on essaie de changer le système. […]

Q.L. : Dans votre étude, allez-vous rédiger des pistes de solutions pour réclamer plus de parité?

F.N. : C’est le but de l’exercice. On est en train de terminer l’analyse quantitative et qualitative des réponses pour proposer des solutions et de nouvelles politiques d’intégration des chercheuses dans la force universitaire. Il faut changer la culture ambiante et il faut aussi trouver des moyens très concrets afin d’augmenter le nombre de femmes en sciences pures, mais aussi le nombre d’hommes en sciences humaines par exemple. Un des enjeux qu’on va mettre de l’avant dans nos conclusions, c’est de mieux répartir les étudiantes et les étudiants dans les diverses disciplines et de ne pas laisser se féminiser ou se masculiniser certaines disciplines.

VoxPop (1)


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