Montréal, le 16 février 2021 – La Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) salue la récente déclaration du premier ministre, François Legault, au sujet de la liberté académique et se réjouit que le gouvernement du Québec souhaite « agir rapidement » pour la protéger. Elle se met à la disposition de la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, pour poursuivre le dialogue en ce sens.

Asseoir durablement les protections nécessaires à l’exercice de la liberté académique

La FQPPU fait des représentations depuis plusieurs mois pour sensibiliser le milieu universitaire et les parlementaires aux enjeux liés à la liberté académique, qui signifie le droit d’enseigner et de faire de la recherche à l’abri de toute contrainte doctrinale. À l’occasion des consultations publiques sur l’Université du futur, organisées en 2020 par le Scientifique en chef, Rémi Quirion, elle a d’ailleurs soumis un projet de loi au gouvernement, qui invite le législateur à :

  • Prévoir des dispositions pour empêcher les sanctions disciplinaires des professeur-e-s en raison de leurs choix pédagogiques;
  • Prévoir des dispositions pour limiter les « poursuites bâillons » de professeur-e-s de la part de tiers ou d’entreprises;
  • Fournir un principe interprétatif aux arbitres de grief et aux juges concernant la liberté académique;
  • Obliger les universités à prendre fait et cause pour les professeur-e-s et le personnel d’enseignement et de recherche lorsqu’ils sont pris à partie par des tiers, sauf s’ils ont commis une faute lourde.

La protection de la liberté académique par l’État solidifie l’autonomie intellectuelle des universités

Plusieurs critiquent l’idée que le gouvernement légifère pour protéger la liberté académique. Ces voix craignent que le gouvernement « s’ingère » dans les affaires universitaires et mine ainsi l’autonomie des établissements. Ils estiment que cette législation aurait pour effet de limiter la capacité des étudiant-e-s de s’exprimer. La FQPPU s’inscrit en faux avec ce raisonnement.

Le gouvernement du Québec peut très bien légiférer pour protéger la liberté académique sans s’ingérer dans les contenus pédagogiques et les recherches. Ce faisant, il donne aux universités des outils pour résister aux contraintes extérieures qu’elles subissent elles aussi d’un point de vue institutionnel et renforce ainsi leur autonomie.

Le fait que des étudiant-e-s expriment des revendications ou émettent des critiques à l’endroit de leur université ou de leurs professeur-e-s est non seulement légitime, mais souhaitable. Les universités sont et doivent demeurer des lieux de débats. Toutefois, certaines revendications sont parfois exagérées. Pensons, par exemple, à l’idée de retirer des œuvres littéraires d’un cursus, parce qu’elles choquent les sensibilités de quelques personnes. Dans ce genre de situation, les directions universitaires doivent être capables d’assumer leurs responsabilités, faire preuve de fermeté et d’agir pour assurer la diffusion des connaissances, au bénéfice du plus grand nombre.

Or, malgré la bonne volonté de plusieurs directions universitaires, l’actualité récente démontre l’incapacité de certains établissements d’offrir une réponse adéquate lorsque survient un problème et de soutenir adéquatement les membres du corps professoral. Cette situation résulte d’un réflexe clientéliste induit par un mode de financement qui fragilise les universités et fait en sorte qu’elles sont promptes à privilégier les solutions qui portent le moins atteinte à leur réputation. Une loi visant à protéger la liberté académique pourrait les aider à assumer leurs responsabilités à cet égard.

Promouvoir l’inclusion et le respect d’autrui

Enfin, le débat actuel est pollué par l’idée que la liberté académique, une fois protégée juridiquement, serait évoquée pour justifier des comportements racistes ou discriminatoires. Il n’en est rien. Toute personne a droit au respect, qu’importe son statut au sein de la communauté universitaire ou de la société. La création d’un climat propice à l’apprentissage implique d’être sensible à la réalité des populations étudiantes. La FQPPU et ses membres sont d’ailleurs sincèrement engagés dans la promotion des principes de diversité, d’égalité et d’inclusion à l’université et travaillent à ce que la communauté universitaire fasse une plus grande place aux personnes issues des minorités.

L’enseignement de certaines matières implique toutefois de visiter des contenus qui peuvent choquer certaines personnes ou les rendre inconfortables. Ces apprentissages, bien que difficiles, peuvent s’avérer essentiels au cheminement dans plusieurs disciplines et il serait mal avisé de les retirer du cursus, parce que cela priverait l’ensemble des étudiant-e-s de connaissances utiles au développement de leur compréhension du monde.

Il importe donc de distinguer les propos à caractère discriminatoire, qui doivent faire l’objet de sanctions, de ceux qui sont prononcés pour expliquer un concept, une idée ou un fait historique, dans une perspective pédagogique. C’est ce dernier type d’expression qu’une loi sur la liberté académique devrait protéger.

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Depuis 1991, la FQPPU est l’instance de concertation et de représentation du corps professoral universitaire québécois.

Source : Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU)
www.fqppu.org

Renseignements : Hans Poirier
514-755-5858 (portable)
hans.poirier@fqppu.org


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