(Québec) L’abolition du siège social de l’Université du Québec serait un coup dur pour le quartier Saint-Roch dont la relance au tournant des années 2000 est intimement liée à l’arrivée de cette institution au centre-ville.

«Le quartier a été transformé et on fait partie de cette relance et cette vitalité du centre-ville», a commenté la présidente de l’Université du Québec, Sylvie Beauchamp. «Le fait que l’Université du Québec s’en vienne dans le quartier a donné confiance à d’autres établissements pour rénover», a dit la présidente.

Mme Beauchamp est en poste depuis 2009, mais elle était aux premières loges de la relocalisation de l’École nationale d’administration publique (ÉNAP) dans Saint-Roch en 1999.

Depuis, quatre bâtiments du réseau de l’Université du Québec bordent les Jardins Saint-Roch, symbole de la relance du quartier dès 1994. En plus de l’ÉNAP et du siège social du réseau avec ses 128 employés, on y trouve l’INRS et la TÉLUQ. L’UQ a aussi donné son nom à une place publique le long du boulevard Charest Est.

Quatre bâtiments, qui illustrent la diversité et la force de l’Université du Québec, selon Sylvie Beauchamp.

Dans la mire du Trésor

Or, ce réseau avec ses 10 établissements dont les universités de Montréal, Abitibi-Témiscamingue, Chicoutimi, Gatineau et Rimouski est dans la mire du gouvernement du Québec.

Vendredi, La Presse révélait que la pertinence du siège social de l’Université du Québec à Québec est sérieusement remise en question.

Le Conseil du trésor serait à l’origine de l’opération et le ministère de l’Éducation a entrepris des travaux concernant l’avenir de l’institution, selon La Presse.

Aucune décision n’est prise pour l’instant. L’heure est plutôt à la réflexion, ont indiqué des sources au quotidien montréalais. Mais on y évoque tout de même une réduction des pouvoirs du siège social de l’UQ, voire son abolition.

Toujours selon La Presse, un scénario étudié est celui de ne conserver qu’un centre de services communs aux établissements du réseau pour confier davantage d’autonomie aux établissements, comme l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Le ministre de l’Éducation, François Blais, n’a pas commenté à La Presse, estimant qu’il ne s’agit que «de suppositions et il est trop tôt».

Budget de 15 millions$

Le siège social de l’UQ reçoit en subventions 15 millions$ par an.

«Sur cette somme, au minimum 13 millions$ vont au service direct aux universités», a dit Sylvie Beauchamp en entrevue au Soleil dans son bureau de la rue du Parvis, vendredi.

Elle est convaincue qu’abolir le siège social ne se traduirait pas par des économies. «Au contraire, ça doublerait les budgets», a-t-elle avancé, qualifiant cette évaluation de «conservatrice».

Abolir le siège social représenterait plus budget, et plus de charges administratives, dit-elle. Mme Beauchamp soutient que le fait que les dix établissements soient réunis en réseau simplifie plusieurs domaines d’activités avec une vice-présidence à la recherche, la mise en commun des technologies de l’information, la gestion des bâtiments, la consolidation de la dette du réseau.

«Les établissements ne sont pas en mesure de s’offrir individuellement les services collectifs qu’on a regroupés. L’éclatement est une perte d’énergie», estime la présidente.

Ce n’est pas la première fois que la structure par réseau est dans la mire du gouvernement du Québec. «Notre problème est que le fonctionnement par réseau est mal connu. On pense que le siège social est essentiellement administratif», déplore Mme Beauchamp.

«Sidérant», selon les syndiqués

Vendredi matin, la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) n’a pas tardé à réagir à la nouvelle de La Presse en dénonçant «avec force» l’ouverture du ministre Blais «à l’abolition de l’Université du Québec». «Voilà un énième ballon d’essai de la part d’un ministre qui visiblement ne sait pas où il s’en va», écrit dans un communiqué le président de la FQPPU, Jean-Marie Lafortune.

À l’instar de Sylvie Beauchamp, il craint que les universités de plus petite taille ou aux missions précises comme l’ÉNAP et la TÉLUQ écopent tout particulièrement. «Espérons que, comme dans le cas des commissions scolaires, il finira par retrouver son sérieux», affirme le chef syndical.


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