Comme on pouvait s’y attendre, le budget Marceau présenté aujourd’hui est d’abord un déclencheur de la campagne électorale. Contrairement à son prédécesseur de novembre 2012, qui était truffé de mesures d’austérité impopulaires contredisant de nombreuses promesses électorales, celui d’aujourd’hui s’écarte de la voie de l’austérité empruntée alors et se place à l’enseigne de la « prospérité », qui est devenue le nouveau credo de la Première ministre. Si certaines mesures nouvelles sont proposées dans cette perspective, principalement la participation gouvernementale à l’exploration pétrolière, le budget est surtout un rappel de mesures adoptées précédemment. Laissant planer le doute sur certaines interrogations soulevées par le Vérificateur général, il est de nature à faciliter son rejet par l’opposition.

Le budget Marceau est silencieux sur la question majeure du financement des universités. La seule mention à cet égard est l’augmentation de 3 % des dépenses dont bénéficiera le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie (MESRT), sans autre précision quant à la part qui reviendra aux universités. Les engagements du Sommet sur l’enseignement supérieur des 25 et 26 février 2013, d’investir 1,8 milliard de dollars sur 7 ans en vue d’atteindre le niveau annuel de 3,8 milliards en 2018-19, ont été affirmés dans la Mise à jour budgétaire de mars 2013. De plus, un investissement de 3,7 milliards sur 5 ans a été annoncé en octobre 2013 lors du lancement de la Politique Nationale de la recherche et de l’innovation. Cependant, nous n’avons pas d’indices formels de la mise en œuvre de ces engagements, puisque le livre des crédits budgétaires du Conseil du trésor n’a pas été déposé. Il faudra attendre le vrai budget qui viendra après les élections. D’ici là, la plus grande vigilance sera de mise. La FQPPU souligne de nouveau l’importance de mener à terme les chantiers lancés à la suite du Sommet sur l’enseignement supérieur. Dans une perspective budgétaire, en particulier, elle soutient une révision en profondeur de la politique de financement des universités dont la nécessité fait consensus.

Si la FQPPU acclame la décision du gouvernement de placer la Politique nationale  de  la recherche et de l’innovation au premier rang de sa stratégie pour assurer la prospérité, elle s’inquiète de sa volonté, confirmée dans le budget, d’aller de l’avant en partenariat avec l’entreprise privée dans l’exploration pétrolière sur l’Île d’Anticosti, avec la nette intention de procéder ultérieurement à l’exploitation de la ressource. D’abord en raison des risques réels d’atteintes à l’environnement, mais aussi des risques financiers qu’une telle opération implique.

Parmi les questions que la FQPPU souhaite voir le gouvernement prendre en compte dans le vrai budget, qui sera présenté après les élections, celle de la préservation des soins de santé semble prioritaire, à la suite du cri d’alarme lancé quelques jours avant la présentation du budget par l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS). Faute d’une injection de fonds additionnels de 1,3 milliards de dollars dès maintenant, l’AQESSS exprime sérieusement la crainte de la remise en question de certains services. Le budget Marceau n’ayant pas abordé cette question, il semble incontournable de devoir en tenir compte dans le budget postSélectoral. L’annonce du maintien de la croissance des dépenses de programmes en santé et services sociaux au niveau anémique de 3 % par année, en 2014S2015 et 2015S2016, laisse pour l’instant planer le pessimisme quant à une solution à apporter à ce problème crucial.

Enfin, en prévision des négociations dans les secteurs public et parapublic, le gouvernement dit souhaiter une «entente négociée et équitable pour toutes les parties». La FQPPU se méfie d’une telle affirmation, dans la mesure où le gouvernement entend limiter la croissance des dépenses globales de programmes à un maigre 2 % pour les deux prochaines années. Par contre, elle souscrit entièrement à son intention de «convenir avec les médecins d’une nouvelle entente tenant compte notamment des avancées importantes déjà réalisées […]».

La FQPPU représente la majorité des professeures et professeurs des universités francophones et anglophones du Québec.


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