Montréal, le 15 avril 2020

 

Monsieur Jean-François Roberge
Ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES)
1035, rue de la Chevrotière, 16e étage, Québec (Québec) G1R 5A5

 

OBJET : L’importance du financement des universités et de la recherche, malgré la crise COVID-19

 

Monsieur le Ministre,

Je vous sais fort mobilisé par la gestion de la crise actuelle qui affecte grandement les activités des secteurs de l’éducation et de l’enseignement supérieur. J’en profite pour saluer le travail difficile que votre équipe et vous même faites depuis le début de cette crise. La FQPPU demeure à votre disposition pour appuyer vos réflexions sur tout enjeu en lien avec l’enseignement supérieur et la science.

À titre de président de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU), je vous écris aujourd’hui pour vous faire part de quelques réflexions et prospectives au sujet de la pandémie, de ses effets à long terme sur l’économie québécoise et, par ricochet, de ses impacts sur le financement des universités et de la recherche.

S’il est aujourd’hui prématuré de jauger avec justesse des conséquences économiques de la crise du coronavirus avec lesquelles le Québec devra composer, de nombreux analystes soulignent déjà que plusieurs années seront nécessaires pour absorber les déficits qui découlent des pertes d’emploi, des fermetures d’entreprises, de la baisse des marchés et des sommes injectées par l’État en soutien aux travailleurs et leurs familles. Dans ce contexte, il y a fort à parier que des choix difficiles devront être faits par votre gouvernement au cours des prochaines années dans la relance des principaux secteurs d’activité qui dépendent des fonds publics.

Dans ce contexte tout à fait extraordinaire, j’aimerais vous faire part de trois raisons pour lesquelles le Québec devrait poursuivre ses investissements dans l’enseignement supérieur et la recherche, malgré les lendemains difficiles qui nous guettent :

1- Les professeurs et professeures des universités font partie de la solution dans la relance de notre société et de notre économie

Depuis plusieurs années, le Québec a pris le virage des « sociétés du savoir ». Cela signifie que notre développement social, humain et économique repose en grande partie sur les connaissances issues de la recherche universitaire. La vigueur de l’économie dépend du développement et de la diffusion la connaissance réalisés par nos institutions. Prendre les meilleures décisions pour l’avenir collectif, développer des innovations structurantes requiert un soutien constant de l’état. Des investissements importants et récurrents dans les programmes de recherche fondamentale sont absolument nécessaires pour y parvenir. Il est tout aussi important de soutenir financièrement les programmes de recherche appliquée consacrés par exemple à l’éducation, à la santé, à l’environnement, aux enjeux sociaux et économiques, etc. D’importantes et nombreuses réalisations du Québec moderne sont le fruit de la recherche de nos membres. Je me permets de le souligner : un financement adéquat de la recherche universitaire sera crucial dans le contexte de la pandémie COVID-19 et de ses conséquences au cours des prochaines années.

Nos professeurs et professeures d’université ont aussi pour mission d’assurer la formation de la relève dans de nombreux secteurs d’activité. Nous pensons qu’une éducation de qualité de nos citoyens est tout aussi indispensable à l’essor de notre société qu’à la relance de l’économie. Or, pour s’acquitter adéquatement de cette responsabilité, les universités devront pouvoir compter sur un financement stable et récurrent, et ce, dans toutes les régions du Québec. Il nous apparait crucial, dans le contexte de la pandémie actuelle, de réaffirmer toute l’importance de préserver tous les programmes d’étude existants, d’assurer la poursuite des études de l’ensemble des étudiants inscrits dans nos universités québécoises, et ce dans toutes les disciplines et dans toutes les régions.

2- Un système scientifique fort permet de prévenir les crises ou d’y faire face de façon plus efficace

Sans la possibilité de s’appuyer sur des données probantes et sur des experts de qualité, le Gouvernement du Québec n’aurait pu offrir une réponse aussi rapide et efficace à la crise qui nous affecte présentement. Évidemment, chacun pense au développement de vaccins et des traitements requis pour freiner la propagation de la COVID-19. Pourtant, de très nombreuses autres expertises des professeures et professeurs, parfois moins visibles, contribuent à la compréhension et à l’action sur un tel phénomène. La recherche scientifique est très souvent porteuse de réponses ou de solutions aux problèmes et évènements qui nous affectent. En voici quelques exemples très visibles en ce moment : la santé publique, les problèmes psychosociaux liés au confinement, la réorganisation du travail, l’éducation des jeunes comme des adultes, la gestion des risques, les conséquences particulières pour les enfants, les parents et les aînés, la prise en compte des particularités religieuses et culturelles dans la réception des messages des autorités, le cadre juridique, etc. Il ne fait pas de doute que la recherche universitaire va devoir consacrer des efforts exceptionnels, partout dans le monde et durant plusieurs années, pour analyser la pandémie 2020 et pour développer les stratégies en vue de futures crises. La connaissance protège. La connaissance libère. Ne l’oublions jamais.

La capacité des experts de conseiller le Gouvernement s’appuie sur des travaux réalisés en amont de la crise actuelle. Et ce travail, ces efforts scientifiques, vont devoir se poursuivre sans diminuer d’intensité. Négliger la recherche universitaire aujourd’hui et demain serait une grave erreur et cela fragiliserait autant le gouvernement que l’ensemble de notre société. C’est pourquoi il est essentiel que les investissements dans les Fonds de recherche du Québec se poursuivent avec la même constance que par le passé. Il faut même continuer nos efforts pour renforcer le financement public de la recherche au Québec.

3- Une société instruite est mieux à même de faire face aux crises

Une société instruite est capable de trouver des actions rationnelles pour faire face aux crises. Nous observons chaque jour des inégalités flagrantes entre les pays développés et les pays pauvres. On a pu aussi observer que les personnes dotées d’un diplôme universitaire sont plus susceptibles de faire confiance aux consignes qui émanent des autorités publiques et moins vulnérables aux fausses nouvelles. Si ces personnes perdent leur emploi et qu’elles sont affectées par le ralentissement de l’économie, elles sont toutefois résilientes, capables de se réorienter et d’innover pour faire face à la situation. Leur formation universitaire devient un atout qui va au-delà de leur domaine d’études, elle leur permet de s’adapter aux transformations économiques et sociales, d’assimiler les faits et les évènements, et même de créer de nouvelles pratiques.

Plusieurs pays appréhendent que leurs universités privées ne survivent pas aux difficultés financières qui découleront de la pandémie. Le Québec lui, a la chance de compter sur un réseau universitaire solide et financé en grande partie par des fonds publics. Cette force collective devrait, selon nous, se trouver au cœur de notre réflexion politique pour l’avenir. Pour ce faire, le Gouvernement du Québec devrait accorder la priorité à l’enseignement et à la recherche universitaires en conservant le financement actuel dans toutes les institutions, dans toutes les disciplines et dans toutes les régions.

Or le réinvestissement dans nos universités était attendu depuis plusieurs années déjà. Dans ce contexte, d’éventuelles réductions budgétaires fragiliseraient certainement nos institutions universitaires, mais elles seraient encore plus néfastes pour l’ensemble du Québec dans le contexte qui est le nôtre et qui va se poursuivre.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, mes sincères salutations.

 

Jean Portugais
Président
Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU)
666, rue Sherbrooke Ouest (bureau 300)
Montréal (Québec) H3A 1E7


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