Même si elle fait l’affaire de certaines de ses composantes, la possible disparition du siège social de l’Université du Québec (UQ) représenterait une perte considérable et entraînerait des coûts supplémentaires pour les plus petits établissements du réseau, plaide la présidente du Réseau de l’UQ, Sylvie Beauchamp, qui défend bec et ongles le bilan de l’organisme.

Près de 45 ans après la création des premières universités du Québec et d’un bureau central chargé de coordonner leur développement, le Québec a-t-il encore besoin de cette structure ? Pas de l’avis du ministre de l’Éducation François Blais, qui songerait ouvertement à la faire disparaître, ou à la réduire à sa plus simple expression en vue de dégager de nouvelles économies dans le secteur de l’enseignement supérieur.

Québec envisage de transformer le siège social de l’UQ, situé à Québec, en centre de services partagés, une espèce de coopérative de services, et ainsi offrir une plus grande marge de manoeuvre aux maisons d’enseignement comme l’UQAM. Le Réseau de l’UQ compte 10 établissements : les UQ (UQAM, UQAC, UQO, etc.), l’Institutnational de la recherche scientifique (INRS), l’École nationale d’administration publique (ENAP), l’École de technologie supérieure (ETS) et la Téléuniversité (TELUQ). Le siègesocial reçoit près de 15 millions de dollars en subvention chaque année, mais fait face lui aussi à des compressions, qui s’élèvent à 1 million cette année.

Les composantes les plus importantes de l’UQ, à commencer par l’UQAM, revendiquent depuis de nombreuses années déjà l’accroissement de leurs pouvoirs aux dépens du siège social. « Pourquoi faut-il qu’il y ait une structure lourde avec l’assemblée des gouverneurs et la commission de planification, qui fait du rubber-stamping parce qu’elle n’a pas la capacité d’intervenir dans ce que font les universités ? » s’interrogeait ouvertement le recteur de l’UQAM, Robert Proulx, l’année dernière dans une entrevue accordée à La Presse. L’année précédente, il avait souhaité la fin d’un « double standard » pour les universités québécoises : celles à charte, comme McGill ou l’Université de Montréal, et celles gouvernementales, situées dans le périmètre comptable de l’État québécois.

Mais Sylvie Beauchamp, présidente de l’UQ, jure que les propositions de transformation qui circulent actuellement, loin de se traduire en des économies, finiraient par coûter davantage aux contribuables. « Il n’y a aucune rationalité économique derrière ces propositions. Cela coûterait bien plus cher de distribuer les services dans les différents établissements, plutôt que de les regrouper comme c’est fait en ce moment », dit-elle. Elle réplique aux critiques de l’UQAM en soutenant avoir procédé à « beaucoup » d’allégements réglementaires depuis cinq ans.

L’ENAP souhaite elle aussi le maintien du réseau, comme d’autres universités régionales et spécialisées, citant notamment les nombreuses exigences de Québec en matière d’imputabilité, des tâches remplies par le siège social. « Si on devait engager les dépenses juste pour les exercices de reddition de comptes, je ne sais pas comment on en sortirait gagnant. C’est comme ça pour plusieurs autres universités. L’UQ est utile », a indiqué la directrice des communications, Manon Malenfant.

La Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université a elle aussi dénoncé l’idée d’abolir la structure surplombant les UQ. Le président de la FQPPU, Jean-Marie Lafortune, juge que ce sont les universités de plus petite taille ou aux missions spécifiques, comme l’École nationale d’administration publique (ENAP) et la Téléuniversité (TELUQ) par exemple, qui écoperont. « Le ministre Blais tente de se montrer proactif auprès de son collègue Coiteux en mettant une cible sur l’UQ, mais tout ce qu’il réussit à faire est d’insécuriser, une fois de plus, le milieu universitaire. Espérons que, comme dans le cas des commissions scolaires, il finira par retrouver son sérieux », lance M. Lafortune.


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