8 décembre 2014 – Le gouvernement du Canada vient d’annoncer le lancement du Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada, qui représente 1,5 milliard de dollars sur une période de dix ans. Si plusieurs se réjouissent de cet investissement, la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) déplore les orientations du programme Apogée, qui renforce une tendance lourde en recherche appliquée et au service des entreprises.

Lors du dernier budget fédéral, la communauté scientifique canadienne a pu constater que le budget global des trois organismes subventionnaires canadiens (CRSH, CRSNG et IRSC) avait diminué de 5 % par rapport au budget de 2007-2008. En réalité, Apogée Canada ne signifie pas un réinvestissement, mais plutôt un détournement des fonds normalement consentis à ces trois organismes qui, eux, financent autant la recherche appliquée que la recherche théorique et fondamentale.

« Le diable est dans les détails » souligne Max Roy, président de la FQPPU. « Comme nous le craignions, les chercheurs eux-mêmes n’ont pas été consultés : pas plus les membres de l’Acfas que ceux de l’ACPPU et de la FQPPU. Industrie Canada a invité cinq associations d’établissements universitaires canadiens et a sollicité les commentaires de quelques établissements individuels ».

Plutôt qu’aux chercheurs, le programme Apogée ne s’adresse effectivement qu’aux établissements universitaires. Ce sont donc les universités qui procéderont aux demandes de financement, limitées à une par établissement par année. En outre, les projets soumis devront offrir des promesses de rentabilité économique pour le Canada, en plus de s’inscrire dans les domaines prioritaires fixés par le gouvernement. Ces exigences sont très préoccupantes pour la FQPPU, qui souligne la nécessité de conserver l’indépendance de la science face aux intérêts politiques et économiques. D’ailleurs, le fait que deux sous-ministres associés au Parti Conservateur, George Da Pont (Santé Canada) et John Knubley (Industrie Canada), siègent sur le comité directeur du Fonds Apogée accentue les risques d’ingérence politique.

Ce type de financement ciblé entraîne des conséquences inquiétantes pour les universités canadiennes, qui seront forcées de se concurrencer davantage pour obtenir du financement. Elles devront aussi consentir une part plus importante de leurs budgets pour couvrir les frais indirects de recherche, en plus de développer des partenariats dictés par les exigences de financement, plutôt que par des associations « naturelles » entre les chercheurs et la société civile.

« Apogée amène un changement radical de paradigme dans le financement de la recherche universitaire. Nous croyons que ce n’est pas en mettant l’accent sur quelques chercheurs vedettes, oeuvrant dans des champs prédéterminés par l’État, que se renforcera le système de recherche canadien », se désole Max Roy. « Cette annonce est malheureuse, mais peu surprenante eu égard au bilan scientifique du gouvernement conservateur actuel, qui préfère fermer des laboratoires et des bibliothèques, puis museler les scientifiques dont les recherches contredisent son idéologie ».

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