Montréal, le 1er février 2018

Mr Selcuk Unal

Ambassade de Turquie à Ottawa (Canada)

197, Wurtemburg Street

Ottawa, Ontario

K1N 8L9

Courriel : embassy.ottawa@mfa.gov.tr

Solidarité renouvelée envers nos collègues turcs indûment accusés de propagande terroriste

Monsieur l’Ambassadeur,

En octobre 2016, la FQPPU avait joint sa voix au mouvement de dénonciation composé de six syndicats canadiens affiliés à l’Internationale de l’Éducation. Dans cette lettre ouverte, la Fédération condamnait les actions du gouvernement turc à l’égard des membres de la communauté universitaire et scientifique et l’exhortait à respecter les conventions internationales que le pays a ratifiées en la matière. Deux ans après cette prise de position, la FQPPU souhaite réitérer sa solidarité envers la communauté universitaire et scientifique turque toujours aux prises avec un climat de persécution.

Retour sur les faits

En janvier 2016, 1 128 « universitaires pour la paix » (nombre s’élevant désormais à 2 212) signaient une pétition appelant le gouvernement Erdoğan à stopper les opérations militaires déployées dans le sud-est de la Turquie et à reprendre les négociations de paix pour résoudre un conflit qui, depuis les années 1980, a fait plus de 40 000 morts. Des mesures punitives à l’égard des signataires ne se sont pas faites attendre. Le climat de répression s’est toutefois aggravé à la suite de la tentative échouée du renversement du gouvernement en juillet 2016. L’état d’urgence a été déclaré et une purge sans précédent au sein du milieu universitaire s’en est suivie. À ce jour, 15 universités ont été fermées, plus de 44 000 enseignants du secteur public et près de 6 000 universitaires ont été suspendus de leur fonction et 21 000 licences d’enseignants du secteur privé ont été révoquées[1].

En dépit du soutien international

La vague d’oppression et les persécutions commises depuis 2016 ont été condamnées par de nombreux regroupements de professeurs, de chercheurs et d’enseignants de partout dans le monde, mais aussi par des organisations de défense des droits et des intellectuels étrangers. L’élan de solidarité déployé n’a pas ébranlé le gouvernement turc qui a plutôt durci le ton en accusant formellement 150 universitaires signataires de la pétition de 2016. Le gouvernement reproche aux accusés d’avoir relayé et fait la promotion du discours de l’organisation terroriste PKK/KCK[2] ou d’avoir des liens avec le mouvement mené par leader Fethullah Gülen accusé d’avoir fomenté la tentative de coup d’État de 2016. Les procès qui ont débuté en décembre 2017 s’inscrivent dans une campagne de répression massive à l’égard des médias, des opposants politiques et des défendeurs des droits humains.

La liberté d’expression, un droit fondamental

La réponse du gouvernement à la pétition publiée par les « universitaires pour la paix » dépasse l’entendement. Les universitaires dénonçaient dans l’espace public des abus et des injustices menés par leur gouvernement, jugés intolérables. Une telle action découle directement de la liberté universitaire qui, inclut le droit d’exprimer une critique de la société et de ses institutions, même si celle-ci entre en conflit avec l’interprétation qu’en font les autorités en place. Pour cette raison, nous condamnons expressément les représailles du gouvernement à l’égard de ceux qui ont pris la parole publiquement pour dénoncer la situation ayant cours en Turquie.

Soutien renouvelé

Deux ans après la parution de la pétition « Academic for Peace », la FQPPU tient à réaffirmer sa solidarité envers la communauté universitaire et scientifique turque et à saluer le courage de leurs collègues qui doivent aujourd’hui défendre la liberté universitaire devant les tribunaux. La Fédération demande à l’Ambassadeur turc au Canada, Monsieur Selcuk Unal, de prendre connaissance des demandes suivantes :

  • Que le gouvernement turc cesse immédiatement le climat de persécution à l’égard des universitaires turcs ;
  • Que le gouvernement turc fasse marche arrière et annule les procès en cours pour motif de « propagande terroriste » à l’égard des signataires de la pétition « We will not be a party to this Crime » ;
  • Que le gouvernement turc respecte ses engagements en matière de droits et libertés fondamentales, en vertu de la Déclaration universelle des droits de l’homme dont son pays est signataire.

 

Jean-Marie Lafortune

Président, FQPPU

 

c.c. :

Chrystia Freeland, ministre des Affaires étrangères du Canada : chrystia.freeland@parl.gc.ca

Christine St-Pierre, ministre des Relations internationales et de la Francophonie : cstpierre-acad@assnat.qc.ca

Fred Van Leeuwen, Secrétaire général de l’Internationale de l’Éducation : headoffice@ei-ie.org

[1] Site qui compile des informations contenues dans les décrets de lois : https://turkeypurge.com/purge-in-numbers-2

[2] Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) / Union des communautés du Kurdistan (KCK).


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