Soumises à des coupes budgétaires de 737 millions $ depuis trois ans, les universités québécoises ne parviennent plus à embaucher les professeurs dont elles ont besoin. Plusieurs centaines de postes de professeurs resteront vacants pour la rentrée, a appris Le Journal.

L’Université de Sherbrooke accuse 82 postes de professeurs non comblés. C’est plus que jamais, convient la rectrice Luce Samoisette. «On a pris une entente avec nos syndicats pour ne pas pourvoir ces postes à cause des compressions budgétaires qui nous ont été imposées.»

Pour la 1re fois, l’effectif professoral diminue à Sherbrooke alors que la clientèle étudiante augmente, signale le vice-recteur Alain Webster.

Le gel de l’embauche des profs ne suffit pas. La direction de l’Université de Sherbrooke a fermé 37 programmes d’études et une faculté en plus de renoncer à des améliorations de ses conditions de travail équivalant à 4 % pour l’année en cours.

Des discussions ont cours avec les syndicats pour soutirer des concessions de 8,5 millions $ aux employés. «C’est pas jojo sur les campus. Et ça commence à poser des problèmes de recrutement des étudiants», signale Luce Samoisette.

« Tempête parfaite »

Plusieurs recteurs sont venus lancer un cri du cœur en commission parlementaire cette semaine pour implorer les députés de cesser de couper.

Le patron de l’École nationale d’administration publique, Nelson Michaud, n’hésite pas à dire que l’ÉNAP a traversé une «tempête parfaite» depuis 2012.

«Tous les facteurs qui pouvaient exercer des pressions financières sont arrivés en même temps.» Petite université de quelque 750 étudiants, l’ÉNAP se prive des sept professeurs dont elle a besoin.

L’Université du Québec à Rimouski a dû elle aussi réduire ses services. «Il y a 20 professeurs de moins, on donne moins de cours, ça se traduit par une offre de services réduite et on a une croissance de l’effectif étudiant», confie le recteur Jean-Pierre Ouellet.

2100 profs manquants

Selon la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU), il manque plus de 2 100 professeurs dans le réseau universitaire québécois. La situation ne cesse d’empirer, soutient un porte-parole, Martin Maltais.

«Le réseau universitaire québécois s’appauvrit dramatiquement», soutient Sylvie Beauchamp, présidente de l’Université du Québec.

À l’Université Laval, il manque 40 professeurs, soutient le syndicat des professeurs. La convention collective oblige l’université à les embaucher.

DES EXEMPLES DE DÉFICIT PROFESSORAL

Sherbrooke 82
Université Laval 40
UQAC 32
UQAR 20
UQAT 20
ÉNAP 7

Plus de 50 % des cours sont offerts par des chargés de cours dans plusieurs universités

Régys Caron


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