Alors que la liberté académique recule à un rythme alarmant à l’échelle mondiale, la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) profite de la Journée internationale pour la liberté académique (8 février) pour lancer un appel à la vigilance collective.
En bref
- À l’occasion de la Journée internationale pour la liberté académique (8 février), la FQPPU lance un appel à la vigilance face à la multiplication des attaques contre les universités à l’échelle mondiale.
- Selon Scholars at Risk, 395 attaques contre des communautés universitaires ont été recensées dans 49 pays entre juillet 2024 et juin 2025, y compris dans des démocraties établies.
- Le Québec dispose depuis 2022 d’une loi en matière de liberté académique — un acquis fragile qui doit être pleinement appliqué.
Une liberté essentielle à la démocratie
La liberté académique désigne le droit d’exercer librement, et sans contrainte doctrinale, idéologique ou morale, les activités liées à la mission universitaire : l’enseignement, la recherche, la création et les services à la collectivité. Elle garantit que les membres de la communauté universitaire puissent aborder tous les sujets, interroger toutes les certitudes et transmettre leurs savoirs sans contrainte doctrinale, idéologique ou morale. Elle garantit également qu’ils puissent exprimer leurs opinions sur la société et ses institutions, y compris l’établissement qui les emploie.
Sans liberté académique, l’université ne peut remplir sa mission d’intérêt public. Elle cesse d’être un lieu de production du savoir critique pour devenir un instrument au service d’intérêts particuliers. Cette liberté constitue ainsi une condition indispensable à la vitalité démocratique.
Un contexte international préoccupant
Les données du rapport Free to Think 2025 de Scholars at Risk sont sans équivoque : entre juillet 2024 et juin 2025, 395 attaques contre des communautés universitaires ont été recensées dans 49 pays. Plus inquiétant encore, ces atteintes ne se limitent plus aux régimes autoritaires : elles s’étendent désormais aux démocraties établies.
Aux États-Unis, des coupes ciblées en recherche, des pressions idéologiques sur la gouvernance universitaire et des tentatives d’imposer des lignes politiques aux établissements témoignent d’une détérioration rapide de la situation. En Europe, l’Academic Freedom Index révèle un recul significatif dans 34 pays au cours de la dernière décennie, y compris dans des démocraties comme l’Autriche et l’Allemagne.
Ce qui se joue aujourd’hui ailleurs pourrait très bien se jouer ici demain.
Le Québec : un cadre juridique à défendre activement
Avec l’adoption, en juin 2022, de la Loi sur la liberté académique dans le milieu universitaire, le Québec s’est doté d’un cadre juridique parmi les plus avancés au monde. Cette loi reconnaît explicitement la liberté académique et impose aux universités des mécanismes de protection et de traitement des plaintes.
Cet acquis demeure toutefois fragile. Les interventions gouvernementales observées ces dernières années dans la gouvernance universitaire rappellent que même les meilleures lois exigent une application rigoureuse et une vigilance constante. De même, les déclarations de certaines figures politiques bien en vue (Paul St-Pierre Plamondon, Pierre Poilievre) donnent à penser que la tentation d’orienter idéologiquement la recherche ou l’enseignement dans certains secteurs se fait désormais sentir au Québec comme ailleurs.
« La liberté académique n’est pas un privilège accordé aux professeures et professeurs : c’est une condition essentielle pour que l’université puisse remplir sa mission au service de la société », rappelle Madeleine Pastinelli, présidente de la FQPPU. « Lorsque des gouvernements tentent de dicter aux universités ce qu’elles peuvent enseigner ou rechercher, c’est la capacité collective de nos sociétés à penser librement qui est attaquée. »
En cette Journée internationale pour la liberté académique, la FQPPU appelle les gouvernements à respecter l’autonomie universitaire, les établissements à appliquer rigoureusement la loi, et la population à demeurer attentive — car la liberté académique est un droit qui n’est jamais acquis et se perd le plus souvent dans le silence.
Aller plus loin
- Pour la liste complète des avis du Comité de la liberté académique (COPLA) : https://fqppu.org/publications-archives/#liberteacademique
- Pour voir la série Facultés en alerte, coproduite avec Savoir média : https://savoir.media/details/385757-facultes-en-alerte
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