La FQPPU a récemment reçu Loïc Goyette, président de l’Union étudiante du Québec (UEQ), et Sabrina Demers, coordonnatrice aux affaires sociopolitiques, à l’occasion d’une rencontre consacrée aux grands enjeux qui traversent actuellement le milieu universitaire québécois.
Table des matières
Du financement des universités à la précarité étudiante, en passant par l’intelligence artificielle et le financement de la recherche, les échanges ont mis en évidence plusieurs préoccupations communes. Ils ont surtout confirmé une conviction partagée : l’université doit demeurer un bien commun, accessible et adéquatement soutenu par des fonds publics.
Le financement public des universités au cœur des préoccupations
Pour la FQPPU, le sous-financement des universités demeure l’un des enjeux les plus pressants auxquels l’enseignement supérieur est confronté.
Les établissements doivent aujourd’hui composer avec une succession de contraintes financières : indexation insuffisante du financement public, diminution des revenus associés aux étudiantes internationales et aux étudiants internationaux, hausse des coûts et multiplication des besoins sur les campus. Ces pressions ont des conséquences directes sur les conditions d’enseignement et d’études, les services offerts, l’emploi à l’université et la capacité même des établissements à remplir leur mission.
L’UEQ partage le constat de la nécessité d’un réinvestissement public, tout en insistant sur un principe essentiel : ce réinvestissement ne doit pas se faire aux dépens des étudiantes et des étudiants.
Dans un contexte où certaines voix évoquent une augmentation éventuelle des droits de scolarité pour compenser les difficultés financières des universités, les deux organisations ont réaffirmé l’importance de préserver l’accessibilité aux études universitaires.
La précarité étudiante dépasse largement les droits de scolarité
L’UEQ a également présenté les grandes orientations de sa campagne sur la précarité étudiante, qui s’articule autour de quatre enjeux : l’aide financière aux études, le logement, l’insécurité alimentaire et la rémunération des stages.
Ces préoccupations rejoignent directement celles de la FQPPU en matière d’accessibilité.
Le coût réel des études universitaires ne se limite en effet pas aux droits de scolarité. La hausse rapide des loyers, du prix des aliments et de nombreux frais connexes exerce une pression croissante sur les budgets étudiants.
La question du logement universitaire a notamment retenu l’attention. Alors que le Québec traverse une importante crise du logement, la vente ou la détérioration de résidences étudiantes peut entraîner la disparition de logements relativement abordables à proximité des campus.
Pour les deux organisations, défendre l’accessibilité aux études implique donc de s’intéresser à l’ensemble des conditions matérielles permettant aux étudiantes et aux étudiants de poursuivre leur formation.
Intelligence artificielle : assurer l’équité et maintenir les décisions entre les mains de la communauté universitaire
L’intelligence artificielle a occupé une place importante dans les discussions.
La FQPPU et l’UEQ constatent notamment que l’accès aux outils d’IA générative demeure inégal. Les personnes ou les unités disposant des ressources nécessaires peuvent s’offrir des outils plus performants, alors que d’autres doivent composer avec des versions gratuites ou des moyens plus limités.
À terme, cette situation pourrait accentuer les inégalités entre les personnes, les disciplines et les établissements.
Les deux organisations souhaitent également que les règles encadrant l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les universités soient plus claires, tout en s’entendant pour dire que les choix et décisions pédagogiques concernant l’usage de l’IA dans les cours doivent demeurer du ressort de ceux qui enseignent et font partie de leur liberté académique. Pour les étudiantes et étudiants, il doit être possible de savoir précisément ce qui est autorisé dans un cours, comment déclarer l’utilisation d’un outil d’IA et quelles pratiques pourraient constituer une infraction aux règles d’intégrité académique.
La FQPPU insiste par ailleurs sur un principe déterminant : les décisions relatives à l’intelligence artificielle doivent être prises de manière collégiale.
Le corps professoral, les étudiantes et étudiants, ainsi que les autres membres de la communauté universitaire, doivent participer à l’élaboration des règles et des politiques qui les concernent. Les fournisseurs privés de technologies peuvent posséder une expertise sur leurs produits, mais ils ne doivent pas être ceux qui déterminent les orientations pédagogiques ou institutionnelles des universités.
Cette réflexion concerne également la protection des données, la propriété intellectuelle et l’utilisation de systèmes automatisés pour évaluer des personnes. Lorsqu’une intelligence artificielle intervient dans une décision ou une évaluation, la possibilité d’une révision humaine doit demeurer garantie.
Enfin, dans un contexte de restrictions budgétaires, la FQPPU s’inquiète de voir l’IA devenir une solution de remplacement à certains services, emplois ou fonctions universitaires plutôt qu’un outil destiné à soutenir les personnes qui accomplissent ces missions.
Financement de la recherche : préserver la recherche libre et soutenir la relève
Le financement de la recherche constitue un autre important terrain de convergence.
La FQPPU a notamment fait part de ses préoccupations quant à l’accroissement du financement ciblé de la recherche, c’est-à-dire des programmes orientés vers des secteurs ou des priorités déterminés à l’avance.
Sans remettre en question la pertinence de certains de ces investissements, la Fédération estime essentiel de préserver une part importante de financement permettant aux chercheuses et chercheurs de définir eux-mêmes leurs objets de recherche en fonction de l’évolution des connaissances et des besoins de leurs disciplines.
Cette question rejoint également celle du rattachement des Fonds de recherche du Québec (FRQ). La FQPPU et l’UEQ partagent des préoccupations quant à leur rattachement au portefeuille économique du gouvernement et souhaitent poursuivre les échanges sur l’idée de les rapprocher de nouveau du ministère de l’Enseignement supérieur.
L’UEQ a par ailleurs rappelé l’importance d’augmenter les bourses destinées aux étudiantes chercheuses et étudiants chercheurs. Des montants qui progressent moins rapidement que le coût de la vie contribuent directement à la précarité de la relève scientifique et peuvent rendre les études aux cycles supérieurs de moins en moins accessibles.
Une collaboration appelée à se poursuivre
Une collaboration appelée à se poursuivre
Cette première rencontre a permis à la FQPPU et à l’UEQ de constater l’ampleur de leurs préoccupations communes.
Financement public des universités, accessibilité aux études, intelligence artificielle, recherche, conditions de travail et d’études : derrière chacun de ces dossiers se trouve une même question fondamentale, celle du modèle universitaire que le Québec souhaite préserver et développer.
Pour la FQPPU, l’université est un bien commun. Elle doit pouvoir accomplir ses missions d’enseignement, de recherche et de service à la collectivité sans que le manque de ressources pousse les établissements à transférer de plus en plus de coûts aux étudiantes et aux étudiants ou à subordonner leurs décisions à des impératifs commerciaux.
Dans les prochains mois, la FQPPU et l’UEQ entendent poursuivre leurs échanges et identifier les dossiers sur lesquels leurs voix pourront se renforcer mutuellement.
À l’heure où l’avenir de l’enseignement supérieur doit occuper une place beaucoup plus importante dans le débat public québécois, cette concertation entre les différentes composantes de la communauté universitaire est plus nécessaire que jamais.
Restez à jour
Abonnez-vous à l’infolettre de la Fédération.

